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92 000 voitures électriques: un objectif jugé irréaliste

Des chroniqueurs automobiles estiment que le marché du véhicule vert est marginal

Au Salon de l’auto de Montréal, les voitures électriques comme cette Leaf de Nissan attirent les curieux, mais plusieurs trouvent qu’elles sont trop chères, trop petites et qu’elles ne permettent pas de faire suffisamment de kilométrage sans devoir les recharger.
Photo Le Journal de Montréal, Hugo Duchaine Au Salon de l’auto de Montréal, les voitures électriques comme cette Leaf de Nissan attirent les curieux, mais plusieurs trouvent qu’elles sont trop chères, trop petites et qu’elles ne permettent pas de faire suffisamment de kilométrage sans devoir les recharger.

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Penser que les Québécois achèteront 92 000 voitures électriques d’ici quatre ans afin d’atteindre les objectifs du gouvernement Couillard est irréaliste, disent des chroniqueurs automobiles.

«Les voitures électriques ne représentent que 1 % du marché, c’est extrêmement marginal», soutient le chroniqueur Marc Bouchard, rencontré au Salon de l’auto de Montréal, hier. En ce moment, «le plus gros ennemi du gouvernement, c’est l’essence à 99 cents le litre», ajoute-t-il.

Au Salon de l’auto, le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Pierre Arcand, a reconnu qu’actuellement un peu moins de 8500 voitures électriques roulent dans la province.

Il a cependant vanté les mérites du plan d’action pour l’électrification des transports, doté d’un budget de 420 millions $ pour cinq ans. Depuis 2012, le gouvernement offre aussi jusqu’à 8000 $ de rabais à l’achat ou à la location d’une voiture électrique ou hybride.

«C’est un vœu pieux, il faut penser vert, mais la technologie n’est pas encore au point», affirme le chroniqueur Jacques Deshaies. Selon lui, le gouvernement aurait dû donner l’exemple en remplaçant tous les véhicules de service par des voitures électriques.

Le chroniqueur automobile Jacques Deshaies
Photo Le Journal de Montréal, Hugo Duchaine
Le chroniqueur automobile Jacques Deshaies

Pour sa part, le chroniqueur Éric Descarries croit qu’avec des voitures qui consomment de moins en moins, les consommateurs ne sont pas pressés de se tourner vers les modèles électriques.

Peu d’acheteurs

Yannic Asselin est le directeur des ventes chez Gravel Auto à L’Île-des-Sœurs, où il offre la nouvelle Volt de Chevrolet, une voiture électrique avec une génératrice à essence.

«Les autres concessionnaires ne croient pas en ce modèle», explique-t-il. L’an dernier, il en a vendu 70 et il s’attend à doubler ses ventes l’an prochain.

Toutefois, ces ventes seront loin d’être suffisantes pour atteindre l’objectif de la province. «Sans une loi zéro émission, ce sera impossible», pense-t-il.

Trop chères

Au Salon de l’auto, les voitures électriques attirent les regards, mais malgré les nombreux curieux, peu se disent prêts à véritablement en faire l’achat.

«J’ai choisi une camionnette Dodge, car le prix de l’essence me le permet encore», raconte par exemple Frédéric Bouvier, rencontré sur place.

C’est le prix et surtout le manque d’autonomie de ces voitures qui refroidit les ardeurs des automobilistes.

«J’aime partir en camping, mais ce sont toutes de petites voitures avec moins de 100 km d’autonomie», déplore pour sa part Patrick Nepton, ajoutant que les autos électriques sont «des voitures de ville».

L’électrique au Québec

  • 8421 véhicules électriques selon la SAAQ
  • 600 bornes électriques, dont 29 bornes rapides
  • Hydro-Québec veut atteindre 800 bornes, dont 60 rapides d’ici à la fin de l’année
  • Denis Coderre promet que Montréal aura 1000 points de recharge d’ici 2020

Les petites voitures ont la cote

Le chroniqueur automobile Marc Bouchard
Photo Le Journal de Montréal, Hugo Duchaine
Le chroniqueur automobile Marc Bouchard

«Le Québec est un marché de petites voitures», lance le chroniqueur automobile Marc Bouchard. C’est pourquoi, selon lui, les constructeurs automobiles choisissent Montréal pour dévoiler ces modèles.

Par exemple, Subaru a offert une première nord-américaine au Salon de l’auto avec son modèle cinq portes redessiné. Le Québec est le plus grand marché du cons­truc­teur, puisqu’il y fait le tiers de ses ventes au pays.

«C’est une gâterie, car on sait que les modèles cinq portes, hatchback, sont les préférés des Québécois», lance le porte-parole Amyot Bachand.

Village gaulois

Pour le chroniqueur automobile Jacques Deshaies, le Québec fait véritablement offi­ce de village gaulois au Canada.

«La moitié des ventes des petites voitures Micra de Nissan sont faites au Québec», donne-t-il comme exemple.

Cet amour des Québécois pour les petites voitures expli­que aussi la popularité des modèles Golf et Jetta de Volkswagen, selon la présidente au Canada Maria Stenström.

Malgré le scandale qui a frappé le constructeur en raison des émissions polluantes de son moteur diesel, l’année 2015 a été la sixième consécutive avec des ventes records.

La Golf est si populaire ici que Volswagen a lancé un modèle à traction intégrale. Une voiture qui doit son existence aux Québécois, soutient Mme Stenström.

«Nous espérons que ce modèle permettra à nos ventes de croître», dit-elle, admettant du même souffle qu’il a aussi été conçu pour concurrencer Subaru.