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Mauvais profs durs à déloger

Seulement sept ont été mis à la porte pour incompétence en cinq ans au Québec

Mauvais profs durs à déloger
Photo d'archives

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Au Québec, seulement sept enseignants ont été congédiés pour incompétence au cours des cinq dernières années, a appris Le Journal. La difficulté de mettre à la porte de mauvais profs nuit à la réussite des élèves, selon l’Institut économique de Montréal (IEDM), qui a compilé ces données.

Pour obtenir ces chiffres, l’IEDM a fait des demandes d’accès à l’information dans chacune des 72 commissions scolaires de la province. Avec 58 000 enseignants permanents dans le réseau public, la proportion de ceux qui ont été congédiés pour incompétence depuis 2010 est de 0,01 %.

«C’est très peu et il est là, le problème, affirme Youri Chassin, économiste et directeur de la recherche à l’IEDM. On sait très bien, en parlant avec des parents et des gens du milieu, qu’il n’y a pas que sept enseignants à travers le Québec qui mériteraient d’être renvoyés. Mais c’est tellement difficile qu’on en reste là.»

Les congédiements d’enseignants pour incompétence sont aussi rares que les congédiements pour des actes violents ou criminels, ou des fraudes, selon les données obtenues. Au total, 58 enseignants ont été congédiés au Québec au cours des cinq dernières années, tous motifs confondus (voir ci-dessous).

De la théorie à la pratique

Un mécanisme de congédiement existe bel et bien dans les conventions collectives des enseignants, mais, en réalité, le processus est si long et complexe qu’il décourage souvent les directions d’école qui s’y frottent, ajoute M. Chassin.

«Un prof permanent est pratiquement indélogeable, lance-t-il. On se retrouve avec un système qui est censé protéger d’abord les élèves qui apprennent, mais qui protège davantage les adultes qui y travaillent. Il est là, le scandale.»

Un bulletin pour les enseignants?

Afin de faire un suivi plus serré de la qualité de l’enseignement, le Québec pourrait mettre sur pied un système d’évaluation, comme en Ontario, pour «convaincre les profs de s’améliorer», affirme l’économiste. Il s’agirait d’un moyen pour augmenter la réussite des élèves et lutter contre le décrochage scolaire, ajoute-t-il.

Même si les syndicats d’enseignants s’opposent fermement à ce type d’évaluations, Youri Chassin estime que les profs en sortiraient gagnants.

«Il y a une différence entre ce que réclament les syndicats et ce que demandent les enseignants. Si on se dotait d’un mécanisme plus efficace, on resserrerait le lien de confiance avec la population et ça valoriserait la profession», dit-il.

La très grande majorité des enseignants sont compétents, ajoute M. Chassin. «Ça reste un problème marginal, mais c’est très grave pour les élèves qui le subissent.» C’est pourquoi il est important de s’y attaquer, conclut-il.


Comportements problématiques 

Renvoyé après sept ans de démarches

«T’as vraiment une face à fesser dedans, t’es con!» Voilà ce qu’a lancé à un élève Michel (nom fictif), un enseignant-orthopédagogue qui a travaillé plus de 10 ans dans une école primaire avant d’être congédié à la suite de plusieurs démarches, en 2011.
 
Ce premier incident, qui lui a valu un avertissement disciplinaire, remonte à 2004. Il a insulté deux élèves et aurait même donné un coup de pied au derrière de l’un d’entre eux, selon le dossier obtenu auprès de la commission scolaire.
 
Mais la liste des faits reprochés était beaucoup plus longue. En plus de demander aux enfants de faire des push-up parce qu’ils n’avaient pas la bonne réponse, il faisait plusieurs fautes d’orthographe et se montrait agressif envers les élèves. Plusieurs de ses collègues ont porté plainte contre lui.
 
Bipolaire
 
Après de nombreuses périodes d’arrêt de travail pour invalidité, l’enseignant bipolaire tentait des retours progressifs au travail, mais les comportements problématiques persistaient. On lui reprochait de ne pas aider les élèves, de ne pas accomplir ses tâches et de sentir l’alcool en présence des enfants.
 
En 2009, les enseignants de son école ont même fait parvenir une lettre à leur commission scolaire parce qu’ils refusaient ses services comme orthopédagogue. Selon eux, la présence de Michel dans leur classe leur nuisait, alors qu’il était plutôt censé les aider à intervenir auprès des élèves en difficulté. Des parents ont refusé que l’orthopédagogue intervienne auprès de leurs enfants.
 
Après une réprimande, une assignation à domicile et une expertise médicale, Michel a finalement été congédié en mai 2011 pour négligence, incapacité à remplir ses devoirs et insubordination. 
 

Nombre de congédiements d’enseignants au Québec selon le motif*

 

  • 16 Inconduite et/ou insubordination
  • 15 : Absences chroniques ou incapacité médicale
  • 7 : Violence, actes criminels ou fraudes
  • 7 : Motifs de nature sexuelle
  • 7 : Incompétence
  • 6 : Motif inconnu ou confidentiel

Source: commissions scolaires du Québec, demande d’accès à l’information de l’IEDM. *Entre 2010 et 2015