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Le Rocky Balboa de la politique?

Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault.
Photo d'Archives Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault.

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Dans ma chronique de ce jeudi - «L’allié objectif» -, j’avance qu’il ne faudrait surtout pas sous-estimer la nouvelle offensive du chef caquiste, François Legault, visant à ravir des appuis au Parti québécois d'ici l'élection générale de 2018.

On connait déjà les principaux éléments de sa stratégie : «virage nationaliste», promesses de création de richesse, d’investissements privés, de baisses d’impôts et de nationalisme économique.

Incapable jusqu’ici de se défaire de son statut de deuxième parti d’opposition, l'objectif de M. Legault est surtout de tenter de faire remonter la CAQ dans les sondages au cours des prochains mois. Question de projeter l’image d’un parti en ascension face au Parti québécois – dorénavant presque son unique cible.

Pour vendre son «virage», M. Legault fait le tour des médias, comme il se doit.

Or, c’est en entrevue sur les ondes du FM93 de Québec, que l’ampleur de la métamorphose de François Legault s’est le plus révélée.

À noter qu’en toute fin d’entrevue, le chef caquiste, aussi connu pour son sens de l'humour, s’est amusé à se décrire en ces termes tout de même un brin étonnants :

«Je suis le Rocky Balboa de la politique. Je mange des coups, mais je me relève toujours

En l'entendant prendre aussi un ton résolument populiste – plus encore qu’auparavant, quoi -, l’auditoire nettement plus conservateur du FM93 ne s’est sûrement pas senti dépaysé.

En voici quelques extraits. Vous y trouverez les grandes lignes de l’argumentaire que présentera la CAQ à l'électorat francophone au cours des prochains mois.

Ces extraits ont été transcrits verbatim. Pour sa lecture, j’ai donc évité d’y multiplier les /sic/ qui, normalement, y auraient été nécessaires.

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Extraits de l' entrevue qu'accordait François Legault cette semaine à l’émission Bouchard en parle au FM93.

1) Sur LA priorité de la CAQ :

FL : «Si vous me demandez c’est quoi la priorité de la CAQ, c’est clair, c’est l’économie. Moi, ce que je veux, c’est un Québec plus riche, des Québécois plus riches

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2) Sur la défaite de la CAQ aux dernières partielles et le pourquoi, selon François Legault, du vote libéral :

FL : «Savez-vous pourquoi les gens ont voté libéral? La première raison selon moi, (...) ils voulaient être certains de pas avoir de référendum sur la souveraineté. Ils se disaient que la meilleure façon de contrer Péladeau et la souveraineté, c’est de voter libéral. Ben! C’est pas un programme économique, ça, d’être contre la souveraineté du Québec. (...)

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3) Sur la position de la CAQ sur la question nationale. Après s’être dit depuis son départ du PQ «ni-souverainiste, ni-fédéraliste», M. Legault loge maintenant explicitement du côté fédéraliste tout en proposant des négociations constitutionnelles dites «bilatérales», donc menées entre Québec et Ottawa :

FL : «Pis, ils (électeurs) disent la CAQ, c’est pas clair où ils sont. Ils sont sur la clôture. Sont-tu souverainistes? Sont-tu fédéralistes? Faque, moi j’ai dit une fois pour toutes là, je vais vous dire où est la CAQ. Nous, la CAQ là, on a un projet qui est à l’intérieur du Canada. Donc, si vous vous voulez pas la souveraineté, là, vous pouvez voter pour la CAQ. Nous, c’est à l’intérieur du Canada.

Par contre, on demande des pouvoirs additionnels au gouvernement du Canada. Dans quoi? Surtout en immigration pis, dans le domaine de la langue.»

(...)

«Il y a plusieurs demandes qu’on peut faire à Ottawa. Il y en a des compliquées, constitutionnelles – il faut ouvrir la constitution, il faut l’accord des autres provinces. Ça, là, c’est pas notre priorité. La priorité, là, c’est deux choses : la langue et l’immigration. Et ça, ça prend des ententes bilatérales. C’est arrivé sur la main-d’œuvre. C’est arrivé sur les commissions scolaires linguistiques. C’est arrivé sur une partie de l’immigration. (...

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4) Sur l’immigration : langue française et adoption des «valeurs» québécoises qui seraient «testées», sinon, la CAQ les retournerait chez-eux :

FL : «Actuellement, au Québec, on accepte 50 000 immigrants par année. OK. Y en a plus de 30% qui sont choisis par Ottawa sans aucun critère pour ce qui est du respect de nos valeurs.

On a vu ce qui est arrivé à Paris. Faut faire attention aux amalgames, là, mais selon moi, faut être très prudents. Très, très prudents. Pis, on le voit en France, on le voit en Allemagne. On le voit partout. Le choix des nouveaux immigrants – s’en vont tous à Montréal, la plupart là, les 50 000 à chaque année -, ça, c’est un demi-million au bout de dix ans. Si ces personnes-là, il y en a parmi eux-autres qui respectent pas l’égalité entre les hommes pis les femmes, qui respectent pas la démocratie, qui s’intègrent pas à notre société, pis qu’on les additionne là, oubliez ça, la société québécoise....

(...)

«Les immigrants seraient acceptés sur une forme conditionnelle pour trois ans. Au bout de trois ans, y aurait deux tests. Un test sur nos valeurs et un test sur  le français. Et si ils passent pas ces tests-là, y aurait une dernière chance après quatre ans de le faire. Sinon, on les retournerait chez eux!  Évidemment, même les péquistes ont dit «Ah, c’est effrayant!». Écoutez, pas plus tard qu’hier, le premier ministre britannique vient de dire exactement la même chose. (...)«

(Pour plus de précision sur la proposition de David Cameron, laquelle soulève d’ailleurs de nombreuses critiques, c’est ici.)

«Les Français sont en train de dire la même chose. Les Allemands sont en train de dire la même chose. Nous, on a actuellement un premier ministre, Justin Trudeau, multiculturaliste, qui lui, dit, on accepte n’importe quoi incluant une burqa pour l’assermentation ou pour aller voter. Nous on dit «Woh!», faut tracer une ligne, là. Les immigrants qu’on veut choisir, faut qu’ils parlent français, faut qu’ils acceptent nos valeurs. (...)»

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5) Sur la certitude déconcertante de François Legault quant au succès pour ainsi dire garanti de ses demandes constitutionnelles même face à un Justin Trudeau  dans l'éventualité où la CAQ prendrait le pouvoir:

FL : «Justin Trudeau a été élu en partie dans des comtés québécois. Savez-vous ce qui est arrivé depuis 40 ans? On est divisés en deux clans. Ok, y a des fédéralistes qui demandent rien. Surtout Philippe Couillard. Et, y a des souverainistes qui veulent pas que ça marche parce qu’ils se disent si jamais j’ai une entente avec Ottawa, ça va nuire à mon projet de souveraineté.

Nous, on dit là, rassemblons les nationalistes. Moi, je pense que la majorité des Québécois sont nationalistes. C’est-à-dire plus de pouvoirs pour le Québec, mais à l’intérieur du Canada. Le Québec d’abord, mais dans le Canada.

Si on est capable de regrouper les Québécois autour d’un projet nationaliste où on demande à Justin Trudeau ou à n’importe qui, nous là, on n’enlève rien au reste du Canada. On veut tous les pouvoirs en matière de langue et en matière d’immigration. Moi, je pense que Justin Trudeau pourrait pas résister si y a une majorité de Québécois qui demande ça

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6) Sur la gauche et la droite :

FL : «C’est dépassé, gauche, droite. (...)»

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7) Sur ce qu’il appelle l’aile de «gaugauche» au PQ – M. Legault semble tout à coup penser que la droite et la gauche, ça existe encore... :

FL : «Y en a encore (au PQ) qui sont plus à droite. Qui sont d’accord avec ça, baisser les impôts et investir pour que les entreprises créent plus de jobs payantes (ce sont là certaines des propositions de la CAQ).

Mais y a une aile de gaugauche qui vient plus des syndicats. Et sincèrement, moi j’en pouvais plus. J’étais vu comme le méchant de droite quand j’étais au PQ. (...) Y en a au PQ qui ont même peur de ce mot-là, le mot «privé». (...)

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Alors, qu’en pensez-vous? François Legault est-il ou non le «Rocky Balboa» de la politique québécoise?