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Le bazar de la surveillance de nos gens fragiles

Le bazar de la surveillance de nos gens fragiles
zinkevych - Fotolia

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Il faut aider les usagers individuels et professionnelles de santé et services sociaux à s’y retrouver dans une offre devenue trop diverse et compliquée.

Nous assistons à une explosion de l’offre de produits et services de surveillance électroniques des personnes fragiles. Et de plus en plus de gens en achètent, avec ou sans soutien professionnel et aides financières gouvernementales.

Il y a peu, cette offre consistait essentiellement en des sortes de laisses téléphoniques. Des appareils qui, au minimum, permettaient de composer un numéro de téléphone d’urgence. Et au mieux, joignaient automatiquement le personnel d’un service de surveillance lorsque le détecteur de mouvement constatait que vous aviez fait une chute ou ne bougiez plus.

C’est un casse-tête grandissant. Cela devient de plus en plus difficile de s’y retrouver.

Comme ces premiers dispositifs dépendaient d’un appareil téléphonique fixe, il ne protégeait la personne qu’à son domicile seulement.

Cependant, la miniaturisation et la popularisation des technologies et applications mobiles sans fil et GPS ont permis de grandes avancées. La surveillance peut désormais suivre la personne hors de son domicile, à peu près partout où elle va. Et à cette sécurité plus efficace, on peut ajouter toutes sortes de suivis de nature plus médicale de ses activités et de sa condition physique.

Pénible embarras du choix

Une telle offre diversifiée devrait permettre de répondre à la très grande variété des besoins, contraintes et préférences individuelles. En théorie.

En pratique, c’est un casse-tête grandissant. Cela devient de plus en plus difficile de s’y retrouver. C’est ce que j’ai pu constater en magasinant pour un proche.

Telle multinationale renommée fait grande promotion de son performant service de surveillance et assistance capable de vous suivre presque partout. Mais cela fait plus d’un an que ses préposés affirment que ce service arrivera au Québec «dans deux ou trois mois»...

«Aucune orientation du MSSS sur les dispositifs de surveillance électronique à domicile»

Telle jeune entreprise québécoise a conçu une puissante montre connectée offrant un service plus ou moins semblable au précédent, mais sans exiger un abonnement de plusieurs dizaines de dollars par mois. Cependant, l’entreprise canadienne qui l’a racheté après sa faillite ne répond pas aux appels et courriels...

Tel distributeur québécois annonçait un dispositif semblable au précédent, mais sous la forme d’une sorte de pagette. Interrogé, son dirigeant me dit qu’après des essais, il avait conclu que ce produit était finalement adapté à un usage, non pas individuel, mais professionnel (monteur de ligne, forestier, etc.)...

J’ai donc contacté le CLSC de mon proche pour voir si on pouvait m’aider à m’y retrouver. L’établissement aide la personne dont le besoin est établi à obtenir une subvention pour l’achat ou l’installation d’un appareil. Mais pour aider à choisir, ce CLSC n’offrait qu’une liste de fournisseurs (établie par on ne sait qui) à contacter soi-même. Pas de guide, document-conseil ou évaluation de produits et services offerts.

Étape suivante, j’ai contacté le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS). Sa porte-parole, Caroline Gingras, a répondu qu’«il n’y a aucune orientation du MSSS sur les dispositifs de surveillance électronique à domicile et aucun mandat n’a été donné à un organisme externe pour développer des recommandations en la matière.» Tout ce que le gouvernement offre est un crédit d’impôt couvrant jusqu’au tiers (33 %) des dépenses annuelles pour les services de surveillance et repérage GPS.

Avec l’explosion de l’offre et celle des besoins auxquels les technologies numériques peuvent désormais répondre, il devient urgent d’aider les usagers individuels ainsi que leurs proches et les professionnelles de santé et services sociaux à s’y retrouver.

Voir clair dans le bazar

Nous avons manifestement besoin d’un pôle d’expertise québécois.

D’autant qu’il s’agit du bien-être, de la santé et même de la survie d’un nombre de plus en plus grand de Québécoises et Québécois. Le marché de la surveillance personnelle s’étend d’ailleurs actuellement à des catégories de personnes parfaitement en santé.

Il faut développer une offre intelligible et une demande intelligente.

D’autant que ces produits et services impliquent d’importantes dépenses, autant pour les individus, les familles et les gouvernements.

Peu importe que le mandat soit donné à une fédération d’établissements, un centre spécialisé, une université ou une association d’usagers. Un semblable pôle d’expertise pourrait apporter de grands bénéfices à un coût relativement faible en fédérant et assistant les expertises et expériences des professionnels sur le terrain et des usagers individuels.

Au minimum, une petite équipe devrait pouvoir produire un inventaire intelligible des types de solutions offertes sur le marché ainsi que des conseils pratiques nous permettant de:

  • identifier les solutions les mieux adaptées aux situations et besoins particuliers, présents et prévisibles d’une personne et de son entourage;
  • évaluer la qualité, l’aisance d’utilisation et la fiabilité des dispositifs techniques, du travail des préposés des services;
  • comprendre quelles informations personnelles sont produites sur les usagers par qui, accessibles ou non à qui, avec quelles garanties de sécurité et de confidentialité;
  • estimer la viabilité des entreprises offrant ces produits et services vitaux.

Les entreprises y trouveraient aussi leur compte. Ce pôle leur permettrait de se faire connaître, de mesurer la concurrence et d’identifier quels besoins pourraient être mieux comblés.

Voici un cas où un marché foisonnant d’innovations numériques ne peut, en lui-même, apporter de meilleurs bienfaits à l’humanité. Il faut aussi développer une offre intelligible et une demande intelligente. Le ministre de la Santé et des Services sociaux devrait étudier comment peut être donné ce coup de pouce qui manque.