/opinion/columnists
Navigation

Se faire soigner contre son gré

Alain Magloire
Photo Facebook Alain Magloire

Coup d'oeil sur cet article

Cela fera bientôt deux ans que le sans-abri Alain Magloire a été abattu par la police au centre-ville de Montréal. Une histoire d’une tristesse infinie. Une vie qui bascule dans la psychose à cause d’une pilule d’ecstasy dans un party.

Depuis, ce père de deux enfants jonglait avec des problèmes de santé mentale qui l’ont conduit dans la rue jusqu’à brandir un marteau devant des policiers. Magloire avait demandé de l’aide plusieurs fois. Pourquoi n’a-t-il pas pu être mieux soigné?

L’urgence ou la prison

Deux ans plus tard, on a fait peu de progrès. Les gens avec des problèmes de santé mentale sont encore ballottés entre l’hôpital et la prison. Ils atterrissent à l’urgence où, lorsqu’on estime qu’ils ne présentent plus de danger immédiat, on les renvoie d’où ils viennent. Il y a peu de suivi parce que les ressources sont bien sûr insuffisantes. Quand ça dégénère, c’est la police qui intervient et on rentre le malade en dedans. Voilà comment ça se passe trop souvent.

Une personne en psychose ne sait pas qu’elle est en psychose. Prendra-t-elle ou non ses médicaments? Risque-t-elle d’être un danger pour elle-même ou pour autrui? Pour les familles, c’est atroce. Récemment, un père a dû témoigner en cour contre son propre fils schizophrène pour que celui-ci soit forcé de prendre ses médicaments. Son fils qui ne veut rien savoir d’être étiqueté «malade mental» refuse désormais de lui parler.

Une loi inefficace

Cette semaine, on saura si l’homme atteint de psychose qui aurait tué sa colocataire à Granby début janvier est apte à subir son procès. Une autre histoire sordide.

Les psychiatres et les familles concernées demandent qu’on puisse forcer un malade mental à prendre ses médicaments. On veut pouvoir le traiter contre son gré.

On ne veut pas revenir à cette époque honteuse où l’on enfermait les gens à l’asile. Mais on doit remettre en question le système actuel. Il semble bien que la fameuse P-38 soit inefficace.