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La ministre de l’Immigration regrette les déboires

Québec rejette des immigrants en raison de son incurie en informatique

Conseil ministres
Photo d'archives Kathleen Weil

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Sans se défiler, le cabinet de la ministre de l’Immigration, Kathleen Weil, a fait preuve d’empathie envers les nombreux travailleurs étrangers qui souhaitent s’établir au Québec, mais qui n’ont même pas pu soumettre leur candidature simplement parce que le portail informatique du ministère est engorgé.

Le portail, qui vient d’être lancé, devait remplacer les demandes écrites par une procédure en ligne. Mais le système ne fonctionne pas. Plusieurs travailleurs étrangers n’ont jamais été capables de s’inscrire sur le portail avant la date limite pour l’année en cours, soit lundi dernier. Ils ne peuvent donc pas passer à la deuxième étape, et le ministère ne peut que leur suggérer de réessayer l’an prochain.

Le cabinet de la ministre de l’Immigration souligne d’entrée de jeu que cette situation ne risque pas de se reproduire, notamment en raison de la grande réforme des règles d’immigration, qui sera en vigueur en 2017.

Si Québec n’a pas pu attendre que son système informatique soit plus fonctionnel avant de demander aux candidats de s’inscrire en ligne, c’est parce que le temps pressait. Le ministère avait déjà allongé les délais d’inscription. Par contre, même si le système ne fonctionnait pas assez bien, le ministère n’avait plus d’autre choix que d’en finir, car l’année fiscale se termine à la fin de mars. «On a essayé de retarder le plus loin possible», nous a dit la directrice de cabinet de la ministre Weil. Cette dernière n’était pas disponible pour nous parler.

Pas de bonne humeur

La directrice de cabinet, Marie-Hélène Paradis, soutient que le ministère en a fait beaucoup. Mais «ce n’était pas assez», lance celle qui dit «comprendre» la frustration des travailleurs étrangers et qui précise qu’à leur place, elle «ne serait pas de bonne humeur».

«C’est sûr que le système a connu des ratés [...] Ce n’est pas ce qu’on envisageait, mais tout est mis en œuvre pour s’assurer que ce soit plus efficace. On va faire des tests, des tests et des tests.»

Gênant pour le Québec

Notre Bureau d’enquête s’est entretenu avec des diplômés de l’Inde, des États-Unis et du Brésil. L’expérience «horrible» avec le système informatique du Québec les décourage. Un couple brésilien formé de deux travailleurs spécialisés en informatique dit même se demander s’il ne doit pas abandonner son projet.

Les membres de ce couple ont dépensé une petite fortune pour préparer leur candidature, en plus d’annoncer à leur employeur et à leur entourage qu’ils envisageaient d’aller vivre ailleurs. Leur rêve s’est arrêté lorsqu’ils se sont frottés aux embûches du site internet du ministère. Et Québec ne permettait plus l’envoi de candidatures sur support papier. Ces Brésiliens remettent en question le choix du Québec comme terre d’accueil.

Des consultants en immigration qualifient la situation de «gênante» et de «majeure» pour la réputation du Québec sur le plan international. «Québec est perdant, car la province ne pourra avoir accès aux travailleurs les mieux qualifiés», souligne Marc Laforce, consultant.