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La surveillance des réseaux sociaux par l’armée

La surveillance des réseaux sociaux par l’armée

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On apprenait récemment que l’armée canadienne entend se doter des moyens de surveiller les réseaux sociaux. Le journaliste Fabien Deglise explique que l’armée souhaite faire l’acquisition «d’une plateforme complète de surveillance, d’analyse et de filtrage des données personnelles et publiques des internautes transitant sur les réseaux sociaux.»

Cette initiative s’inscrit vraisemblablement dans les activités de lutte contre le terrorisme. Il est bien connu que les réseaux sociaux constituent l’un des endroits dans lesquels circulent des informations susceptibles de donner des indices à l’égard de projets criminels envisagés par certains.

Il serait naïf de s’imaginer que les forces de sécurité se retiennent de surveiller les réseaux sociaux comme Facebook, Twitter et les autres.

Les services de sécurité et les services de police ont en effet pour mandat de détecter et, dans toute la mesure du possible, de prévenir le crime. Pas étonnant qu’ils s’intéressent à ce qui se passe sur les réseaux sociaux.

Les réseaux sociaux sont désormais l’une des places publiques de notre époque. Ce sont des lieux virtuels dans lesquels les gens se rencontrent, partagent leurs idées, leurs images.

La plus grande part des plateformes de réseaux sociaux fonctionnent comme des espaces publics. Ce qui s’y déroule est susceptible d’être observé par d’autres. 

Selon les différentes configurations possibles, ce qui est affiché sur un réseau social peut être ouvert au grand public ou à un groupe plus ou moins restreint d’amis ou de connaissances.

L’enjeu n’est donc pas tant de savoir si ces lieux virtuels seront surveillés: ils le seront et il serait puéril de s’imaginer qu’il en sera autrement.

Mais par contre, une telle surveillance doit se dérouler en conformité avec les exigences de l’État de droit dans une société démocratique. C’est hélas à ce chapitre que le scepticisme est de mise.

Une kyrielle de révélations au cours des années récentes ont montré que les autorités font fi des exigences démocratiques en ces matières. 

La surveillance allant au-delà de celle qui est autorisée par les lois semble pratiquée à grande échelle comme l’ont montré les révélations d’Edward Snowden sur les pratiques des services de renseignement américains.

C’est pourquoi il faut insister pour que toute surveillance des réseaux sociaux soit encadrée par des balises garantissant que cela se fait moyennant de strictes exigences de reddition de comptes.

Les autorités habilitées à surveiller doivent rendre des comptes sur leurs activités, être en tout temps en mesure d’expliquer leurs pratiques et de démontrer qu’elles n’excèdent pas ce qui est nécessaire.

Bien sûr l’obligation de rendre compte doit refléter le fait qu’il s’agit de surveillance d’activités criminelles: cela doit être mené de manière à assurer l’efficacité des démarches de renseignement.

Mais il importe que les activités de surveillance puissent être examinées dans le cadre d’un processus indépendant. Les constats obtenus de tels examens doivent être périodiquement portés à la connaissance du public.

La confiance des citoyens – du moins celle qui restait – a été radicalement ébranlée par les révélations sur les abus des autorités de surveillance. Il importe de rétablir la confiance.

Et cela suppose un processus rigoureux, public et transparent.

Sinon, nous aurons raison de nous inquiéter de la surveillance projetée des réseaux sociaux par l’armée ou par les autres institutions chargées d’assurer la protection du public. 

Sur ce sujet: l’entretien que j’ai eu le 20 janvier dernier avec Benoît Dutrizac dans le cadre de l’émission Les francs tireurs diffusée à Télé Québec