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Mépris et panique

Justin Trudeau
AFP Justin Trudeau

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Sur fond de rentrée parlementaire, le dossier controversé du pipeline Énergie Est pose un défi colossal à Justin Trudeau. Comment concilier les intérêts contradictoires qui s’expriment haut et fort au sein de la fédération canadienne? La mission risque fort d’être impossible.

Le projet de 15,7 milliards de dollars est celui de la firme albertaine Trans­Cana­da – aussi connue pour avoir voulu installer un port pétrolier à Cacouna, en pleine pouponnière de bélugas. Long de 4600 km, l’oléoduc Énergie Est transporterait l’équivalent de 1,1 million de barils de pétrole brut par jour de l’Ouest canadien au Nouveau-Brunswick.

La semaine dernière, le rejet massif du projet par les 82 villes de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) a mis le feu aux poudres. S’en est suivi un échange peu édifiant d’invectives entre le premier ministre de la Saskatchewan, le maire de Calgary et le maire de Montréal.

Le Québec s’est fait demander de rembourser la péréquation dont il profiterait «grâce» au pétrole de l’Ouest canadien. En éditorial, le Globe and Mail s’en est même pris au «provincialisme ahurissant» de Denis Coderre.

Pour un pipeline présenté depuis le début par les conservateurs comme un projet essentiel à l’«unité nationale» canadienne, le gâchis politique est sidérant.

Un gâchis sur tous les plans

Les réactions outrées à la sortie de la CMM combinent le mépris à la panique. Le mépris témoigne de cette vieille vision entêtée au Canada anglais pour qui le Québec serait depuis longtemps l’«enfant gâté de la confédération». La panique, plus compréhensible, vire à la colère dans l’Ouest canadien.

La baisse du dollar, la chute du prix du pétrole, la montée du chômage et l’urgence d’ouvrir de nouveaux marchés à l’or noir canadien y sont des problèmes réels. Trop sûre de son influence derrière les portes closes du pouvoir, l’arrogance de TransCanada complète le portrait.

Pour Justin Trudeau, c’est un héritage empoisonné de l’ère Harper. Or, son propre positionnement sur le dossier est tout sauf clair.

Il faut rappeler qu’à quelques jours de l’élection, le chef libéral fut lui-même obligé de se départir de son coprésident de campagne, Dan Gagnier, parce qu’il conseillait TransCanada en même temps...

Comment trancher?

Coincé entre une multitude d’intérêts divergents, Justin Trudeau devra trancher. Mais le fera-t-il s’il risque de s’aliéner une région au profit d’une autre? Ou sera-t-il plutôt tenté par une illusoire quadrature du cercle qui, dans les faits, ne ferait que nourrir encore plus la bisbille?

Pour le moment, Justin Trudeau jure qu’il sera possible de concilier la protection de l’environnement et le développement économique si le projet obtient la «confiance des Canadiens». Trans-Canada n’en fait pourtant aucune démons­tration crédible.

Les questions qui tuent: que fera-t-on à Ottawa si cette conciliation s’avère impossible? Que fera-t-on si le risque pèse plus lourd que les avantages? Quels «inté­rêts» remporteront la mise?

Bref, l’unité nationale est-elle soluble dans le pétrole?

 

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