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Louis Morissette et la censure

Louis Morisssette
photo d’archives Louis Morisssette

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Vous avez trouvé Normand Brathwaite bien bon dans son imitation de François Bugingo au dernier Bye Bye? Moi aussi!

Mais dans le dernier numéro du magazine Véro, Louis Morissette se vide le cœur et confie qu’il a été carrément «obligé» d’embaucher un comédien noir pour jouer le rôle du reporter fabulateur, s’il ne voulait pas avoir «d’ennuis».

Dans un magazine féminin consensuel et rassembleur, sa chronique vitriolique détonne. Un franc-parler comme ça de la part de nos créateurs, j’en prendrais plus souvent.

Céder à la menace

La chronique de Louis Morissette s’intitule La victoire des moustiques, les « moustiques » étant tous ces empêcheurs de tourner en rond qui créent des controverses sur les médias sociaux parce qu’ils n’ont rien de mieux à faire dans la vie.

«Lors du dernier Bye Bye, j’ai été obligé d’engager un comédien noir pour jouer François Bugingo. Non pas que je n’aime pas Normand Brathwaite qui campait Bugingo, mais je ne comprends toujours pas pourquoi il fallait céder aux menaces d’une poignée de gens qui nous prédisaient beaucoup d’ennuis si nous osions faire du blackface (se maquiller en Noir)», écrit-il.

Après le faux scandale de Mario Jean déguisé en Boucar Diouf aux Olivier 2013 et après le faux scandale du comédien du Rideau Vert déguisé en P.K. Subban en 2014, voilà que la rectitude politique fait une autre victime en 2015.

Louis Morissette recourt aux mêmes arguments que d’autres ont utilisés pour ridiculiser cette controverse du blackface. «Je vois une différence majeure entre se déguiser en Africain pour rire de son origine, son intelligence ou son statut social, et se moquer de cette personne pour ses actions­­, comme pour toutes les autres “victimes” de la soirée.­­»

En effet, pourquoi peut-on rire de Coderre-qui-a-un-gros-ventre en se mettant un gros ventre, mais qu’on ne peut pas rire de Bugingo-qui-a-la-peau-noire en se maquillant la peau en noir?

Il me semble qu’après toutes ces discussions, les chialeux professionnels auraient compris la logique de la chose. Mais non, ils ont eu raison du Bye Bye aussi.

La tyrannie de la rectitude

Cette affirmation de Louis Morissette est aussi hallucinante que celle de Serge Chapleau, qui confirmait que l’équipe d’Ici Laflaque avait renoncé à faire un personnage animé à l’image de Mahomet.

Deux cas d’autocensure déplorables. Bien sûr, les opposants au maquillage noir ne sont pas armés de kalachnikovs. Mais leur arme est puissante: la manipulation de l’opinion publique, avec l’appui de la gauche complaisante, toujours prête à vous traiter de raciste.

Quand a éclaté l’affaire Bugingo, j’ai écrit sur Twitter que le Rideau Vert devait être en train de se chercher un comédien noir pour incarner le reporter menteur. Je me suis fait traiter de sale raciste. Alors que je ne faisais qu’énoncer une évidence...

«Quatre ou cinq personnes ont donc gagné, conclut Morissette­­. Et de mon point de vue, c’est inquiétant. À trop vouloir éviter la tourmente, nous vivrons dans une société plate, aseptisée, beige et sans saveur. À force de rechercher le calme et le consensus, c’est la créativité qui finit par écoper.»

Bien d’accord avec vous, Monsieur Morissette. Maintenant, au prochain Bye Bye, allez-vous rire des terroristes islamistes­­?