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Exclu du cabinet, Poëti est «en réflexion»

Robert Poëti 6/10
Photo d'Archives Robert Poëti

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Sarah-Maude Lefebvre et Jean-Louis Fortin
Le Journal de Montréal
 

 

Déchu de son poste de ministre des Transports, Robert Poëti refuse pour le moment de se prononcer sur son avenir politique et affirme vouloir réfléchir pendant quelques jours.

Joint par Le Journal jeudi, M. Poëti semblait profondément abattu. «Je prends du recul [...] Je vais prendre quelques jours de réflexion», a-t-il lancé à voix basse.

Ministre depuis 2014, Robert Poëti a appris qu’il perdait son poste tard le soir, la veille du remaniement. Il a été le dernier ministre à être rencontré par son chef Philippe Couillard.

« Il me semblait inapproprié d’assister à l’assermentation de mes collègues » – Robert Poëti

«La rencontre a été très très brève», a-t-il dit à ce propos.

M. Poëti a quitté Québec sur-le-champ après cette rencontre, pour rentrer à Montréal.

Il était d’ailleurs absent jeudi de la colline Parlementaire.

«Il me semblait inapproprié d’assister à l’assermentation de mes collègues. Je ne voulais pas leur enlever leur moment de bonheur, parce que, moi, je n’en ai pas.»

Humiliation

M. Poëti vit l’une des situations les plus humiliantes que l’on peut expérimenter en politique, selon des analystes de la scène provinciale.

«On dira ce que l’on voudra, c’est humiliant de perdre son job comme ça. Le réflexe humain est de se demander si on veut continuer», affirme Jean-Pierre Charbonneau, ancien président de l’Assemblée nationale qui a été député pendant plus de 25 ans.

«Cela a sûrement été assez humiliant pour M. Poëti d’apprendre qu’il était rétrogradé aussi tardivement et sans préavis, à ce qu’on peut comprendre. C’est un choc difficile à accepter», souligne le chargé de cours en politique à l’UQAM, André Lamoureux.

L’analyste et ancien policier François Doré a travaillé longuement avec Robert Poëti aux communications de la Sûreté du Québec. Il s’est dit étonné jeudi.

«Robert est un gars d’opinions. Et il ne se gêne pas pour les donner. Ce n’est pas quelqu’un qui a connu l’échec souvent. Il doit être en profonde réflexion.»

«Travail épouvantable»

Le successeur de M. Poëti, Jacques Daoust, semblait marcher sur des œufs, jeudi.

«C'est un collègue, et on n'aime pas que ça arrive, des choses comme ça, mais écoutez, il y a des choix à faire, et pour le premier ministre, ça doit être un travail épouvantable de faire un remaniement», a-t-il dit.

 

Pourquoi il a perdu sa limousine

Pourquoi Robert Poëti a-t-il perdu sa limousine et sa prime de ministre de presque 70 000 $ par année? À première vue, il n'avait pas eu d'accrochage majeur avec le premier ministre ou le maire de Montréal. Pourtant, quelques controverses l'ont impliqué au cours des deux dernières années.

Le dossier Uber

L'ex-ministre martèle depuis des mois que le service de covoiturage commercial Uber est illégal. Mais des milliers de chauffeurs Uber opèrent toujours, et les conducteurs de taxis traditionnels continuent d'en arracher.

«Il y a eu beaucoup de confusion au cours des derniers mois, notamment dans le dossier du transport illégal et de la compagnie Uber. Cela a créé de l’insatisfaction», estime le politicologue et chargé de cours à l’UQAM André Lamoureux.

Une autre taxe?

En février 2015, Robert Poëti a laissé entendre qu'il voulait autoriser la Ville de Montréal à imposer des taxes supplémentaires sur les propriétés construites près des transports collectifs, dans le but de financer ces réseaux de transport.

Il a été rabroué dès le lendemain par le premier ministre. «Il n’y a pas 25 gouvernements au Québec, il y en a un et il y a un seul message gouvernemental», a alors lancé Philippe Couillard, avant d'ajouter que son désir était «de ne pas augmenter le fardeau fiscal des citoyens».

Les centres d'achats

En mars 2015, lors d'un dîner-conférence en Gaspésie, le ministre des Transports a tenu des propos jugés sexistes en invitant les gens d'affaires à un événement tenu à Montréal. «Les conjointes sont bienvenues. On a beaucoup de centres d'achats à Montréal», a-t-il blagué.

Ces propos, tenus peu avant la Journée de la femme, ont été qualifiés de «regrettables» par Philippe Couillard, qui se trouvait en France pour une mission économique.

Des doutes sur le SLR

En mai 2014, peu après son arrivée en poste, Robert Poëti a placé un doute sur l'avenir d'un train léger (SLR) sur le futur pont Champlain. «Il ne faut pas juste avoir les yeux fermés et se dire: “ça serait le fun”», a-t-il justifié en annonçant qu'il y aurait plutôt des autobus à l'ouverture du pont en 2018, et qu'un SLR pourrait éventuellement arriver plus tard.

Quelques mois après, au début 2015, le premier ministre Couillard confiait à la Caisse de dépôt le mandat de gérer le projet de SLR sur le pont Champlain.