/news/society
Navigation

La toge devient obligatoire pour tous les avocats

avocat
Chantal Poirier / JdeM

Coup d'oeil sur cet article

Fini les décolletés, les cravates fleuries et les sandales dans les salles d’audience. Les juges de la Cour du Québec viennent de serrer la vis en obligeant les avocats à porter la toge en tout temps.

Une nouvelle mesure qui serait attribuable à l’exagération et aux largesses de certains avocats dans les dernières années, particulièrement à Montréal, d’après plusieurs avocats avec qui Le Journal s’est entretenu cette semaine.

«Il y avait une recrudescence des avocats pas nécessairement habillés convenablement devant la cour», a noté un procureur de 20 ans d’expérience.

Blouses décolletées, jupes trop courtes, sandales avec un habit, vestons colorés ou élimés: «il y a eu des abus de toutes sortes», a indiqué un autre avocat montréalais.

Malaise des juges

Plusieurs juges étaient toutefois mal à l’aise d’intervenir séance tenante, question de ne pas humilier l’avocat devant son client ou laisser planer une impression sexiste ou de partialité, a-t-on appris.

Dorénavant, ce sera «toge noire fermée avec veston noir, chemise, col et rabat blancs et chaussures appropriées» pour tout le monde, stipule le règlement.

Bien qu’il y ait eu «des situations qui ont attiré l’attention des juges», ce n’est pas une avalanche de plaintes de la magistrature qui est à l’origine de l’uniformisation du port de la toge, nuance la juge en chef de la Cour du Québec, Elizabeth Corte.

Les règles de pratique ont été modifiées «dans un ensemble, pour améliorer le décorum, bien identifier les intervenants et éviter un laisser-aller», a-t-elle spécifié.

Auparavant, les avocats qui se présentaient en cour pour une comparution ou pour obtenir une simple prolongation de délai pouvaient opter pour un complet sobre, de couleur foncée.

Dès qu’il y avait l’audition d’un témoin en chambre criminelle, le port de la toge devenait obligatoire, si bien que plusieurs avocates se distinguaient par leurs souliers à talons hauts.

Elles pourraient maintenant se faire rappeler à l’ordre par les magistrats, vu le resserrement des règles du décorum, croit une criminaliste. «On ne peut pas mettre des souliers rouges ou trop sexy, c’est sûr qu’on va se le faire dire», souligne-t-elle.

En vigueur depuis le 1er janvier 2016, la nouvelle directive cause certains mots de tête aux avocats de la défense, notamment.

«C’est un changement de culture auquel on doit s’habituer, explique le président de l’Association québécoise des avocats de la défense, Me Richard F. Prihoda. Lorsqu’on voyage entre les palais, il faut toujours amener notre toge avec nous, sinon on ne peut pas s’adresser à la cour.»

Rappels à l’ordre

La mesure a été instaurée après quelques rappels à l’ordre de la part de la magistrature, qui n’avaient pas eu les résultats escomptés, mentionne Me Danièle Roy, présidente de l’Association des avocats de la défense de Montréal.

«Ça suscite un peu de grogne, mais il n’y a pas de révolution», illustre-t-elle.

D’un autre côté, le port de la toge en tout temps présente certains avantages.

«Cela permet de mettre tout le monde sur le même pied d’égalité et ça apporte un certain sérieux à la profession», détaille la présidente du Jeune Barreau de Montréal, Me Caroline Larouche.

Des affaires d'or

L’imposition du port de la toge en tout temps pour les avocats fait faire des affaires d’or à une designer montréalaise.

«Mes commandes ont doublé depuis la mi-décembre», se réjouit Erika Eriksson.

Erika Eriksson est designer de toges sur mesure.
Pierre-Paul Poulin / Le Journal de Montréal / Agence QMI
Erika Eriksson est designer de toges sur mesure.

La designer spécialisée dans la fabrication de toge sur mesure est même sur le point de faire paraître une petite annonce pour trouver une cinquième couturière qui travaillerait dans son atelier situé dans la Petite-Italie.

«J’ai besoin de plus de mains pour aider», illustre-t-elle.

Depuis le 1er janvier, tous les avocats qui font du droit criminel doivent porter la toge en tout temps en salle d’audience. Ceux qui oeuvrent en chambre civile sont quant à eux exemptés. Si plusieurs avocats nouvellement assermentés contactent Mme Eriksson, elle reçoit aussi plusieurs appels de clients réguliers qui veulent une nouvelle ou une seconde toge.

En affaire depuis neuf ans, elle n’a pas le temps de créer d’autres vêtements, outre les toges et les rabats. Actuellement, il faut compter entre un mois et cinq semaines pour la livraison d’une toge, un délai légèrement supérieur à l’habitude.

En affaire depuis neuf ans, Mme Eriksson n’a pas le temps de créer d’autres vêtements, outre les toges et les rabats.
Pierre-Paul Poulin / Le Journal de Montréal / Agence QMI
En affaire depuis neuf ans, Mme Eriksson n’a pas le temps de créer d’autres vêtements, outre les toges et les rabats.

Chez De Lavoy, principal fabricant de toges au Québec, on n’a pas noté une augmentation marquée des commandes.

«Les avocats ont tous déjà une toge. Certains ont la même depuis 25 ans», a indiqué une dame, qui n’a pas voulu s’identifier au téléphone.

Une toge peut coûter entre 450 $ et 1200 $, dépendant du modèle et du tissu. Pour les rabats, les prix varient entre 20 $ et 95 $.