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Kathy Duva: une histoire d’amour

Kathy Duva est impliquée dans la boxe depuis 1978.
Photo Le Journal de Montréal, Chantal Poirier Kathy Duva est impliquée dans la boxe depuis 1978.

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On était aux environs de ­novembre 1995. Un peu avant Noël. Dan et Kathy Duva étaient les patrons de Main Events.

Dan et Kathy avaient lancé ­l’entreprise en 1978 en réalisant leurs profits par la vente des hot dogs et de la bière aux ­événements qu’ils organisaient au Ice Palace, dans le New ­Jersey. Les deux étaient encore dans la vingtaine.

À la fin de 1995, 18 ans plus tard, Main Events était devenue une puissance dans le monde de la boxe. La firme comptait parmi ses boxeurs Evander Holyfield, à qui on avait versé déjà 100 millions $ en bourses.

Mais Holyfield était inquiet. Dan Duva, le président et directeur de Main Events, était très malade. Cancer du cerveau. Et Duva, comprenant très bien les inquiétudes d’Holyfield, lui avait promis de le libérer de tout lien contractuel avec la compagnie à sa mort. Cette mort était toute proche, Duva n’avait plus que quelques mois à vivre. Il avait 44 ans, Kathy, 42.

Or, Holyfield, plus que tout au monde, voulait affronter Mike Tyson. Sachant qu’il allait mourir, Dan Duva a réuni tout ce qui lui restait de forces et s’est rendu rencontrer Don King, le promoteur de Tyson. Il lui a offert une promotion conjointe. Après sa mort, il pourrait faire signer un contrat à ­Holyfield s’il le désirait, mais pour ce combat, il offrait à King de remettre la part de Main Events à sa femme Kathy et à ses enfants.

Un cadeau d’Evander holyfield

Que pensez-vous qu’il arriva?

Kathy Duva a les yeux encore bouleversés quand elle raconte l’histoire.

«Don King a refusé. Il a tablé sur la mort de Dan mon mari pour s’enrichir encore plus en gardant tout l’argent pour lui. Ça montre quel genre d’homme il est.»

Finalement, le combat a eu lieu sans Main Events. Evander Holyfield a touché 30 millions pour sa victoire contre Tyson.

Kathy Duva ne pouvait reprendre son métier de journaliste ou de publicitaire. Elle ne pouvait travailler en soirée à cause de ses enfants. Aussi, elle avait cédé la présidence de la compagnie à son beau-frère Dino et était retournée faire ses études de droit.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là.

«Quelques semaines après le combat, on a sonné à la porte. C’était ­Evander Holyfield. Il n’était pas obligé, il n’avait rien à me donner. Il était libre de tout contrat. Pourtant, il arrivait avec un chèque de 500 000 $ qu’il m’a donné pour me remercier de ce que Dan et moi avions fait pour lui. C’est le plus beau cadeau que j’aie reçu de ma vie», reprend la présidente et patronne de Main Events.

Le pire et le meilleur de l’homme...

Un univers d'hommes

Je voulais raconter l’histoire de cette femme exceptionnelle. Seule femme dans un monde dominé par Al Haymon, Oscar De La Hoya, Bob Arum en Amérique et Wilfried ­Sauerland en Europe.

Mais en réalité, c’est une grande histoire d’amour qu’il faut savourer. L’amour de Kathy Duva et de Dan Duva.

Lui était un jeune avocat, l’homme le plus brillant qu’elle ait connu, dit-elle encore aujourd’hui. Kathy était publicitaire et modeste chroniqueuse de sports féminins dans un quotidien du New Jersey.

Fille d’Italien sévère et strict, elle a donc marié un autre Italien, Dan Duva, fils du légendaire Lou Duva, un entraîneur de boxe et promoteur de petites soirées au Ice Palace.

«J’ai marié Dan et le lendemain, j’allais vivre dans sa maison. Il n’était pas question de coucher chez lui avant d’être mariée. Mon père me surveillait», dit-elle en souriant.

Sa belle-famille a toujours été imprégnée par la boxe. Dan Duva fonde Main Events en 1978 et la compagnie vivote en organisant de petites soirées.

Jusqu’en 1981.

«Dan avait 29 ans, j’en avais 27. On parlait d’organiser un combat d’unification des titres entre Sugar Ray ­Leonard et Tommy Hearns. Mike ­Trainer, l’avocat de Leonard, détestait Don King et cherchait un autre promoteur pour le combat. Je nous vois arriver au meeting à 29 et 27 ans avec rien dans nos poches, mais beaucoup de ­détermination.

«Dan a été très convaincant. Nous avons finalement décroché la promotion du combat. Nous avons embauché tous les experts dont nous avions besoin. Nous avons appris le métier grâce à eux. Et nous avons réalisé une fortune avec le combat», de dire Mme Duva en se rappelant ces beaux souvenirs.

En fait, les recettes du combat approchaient les 50 millions, un record pour un combat n’impliquant pas des poids lourds.

Une guerre féroce

Dan et Kathy ont profité de ce ­formidable succès pour atteindre les grandes ligues. Ils ont été les promoteurs de Lennox Lewis, d’Arturo Gatti, d’Evander Holyfield et d’une pléiade de grands boxeurs.

Le grand bouleversement dans la vie de Kathy est survenu à la mort de son grand amour. Elle s’est retrouvée aux études... mais surtout impliquée dans une guerre juridique féroce contre sa belle-famille. Quand on fouille le moindrement cette période, on découvre vite que Dino Duva, le frère de Dan, son mari, avait de sérieux problèmes de consommation. La compagnie s’en allait directement vers la faillite.

Kathy Duva venait tout juste de ­passer son Barreau comme avocate qu’elle reprenait le contrôle de Main Events après un procès retentissant.

Et elle entrait seule dans l’univers de ces crocodiles aux dents acérées

«Oui, c’est plus difficile pour une femme de brasser des affaires dans le monde de la boxe. Tu ne peux jamais être une des boys, c’est évident. Mais dans la vie, je l’ai découvert, c’est ­toujours plus difficile pour une femme d’obtenir ce qu’elle mérite dans le monde des hommes. Il lui faut souvent être mieux qualifiée, plus expérimentée et franchement meilleure pour ­décrocher un gros job», soutient-elle quand on la questionne sur le sujet.

Un triste anniversaire

Je dois faire court. Donc, Sergey ­Kovalev et Jean Pascal monteront dans le ring ce soir, 30 janvier, vers 23 heures.

Au même moment, Kathy Duva, qui est toujours restée amoureuse de Dan son mari, et qui malgré quelques essais, ne l’a jamais remplacé ni dans les affaires de la compagnie ni dans sa maison avec sa famille, va avoir une pensée bien spéciale pour lui. Il ­devrait être quelque part là-haut.

«Parce que le 30 janvier, ça va faire exactement 20 ans que Dan est mort. Vingt ans, jour pour jour. Pour moi, c’est un anniversaire important à ­souligner.»

Je présume que Sergey Kovalev va vouloir faire sa part...