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Stratégie numérique: une grosse commande!

Stratégie numérique: une grosse commande!

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On ne peut pas dire que c’est prématuré! Le gouvernement du Québec compte enfin une ministre responsable de la stratégie numérique.

La ministre de l’Économie, madame Dominique Anglade est aussi chargée de la stratégie numérique pour le Québec. Une responsabilité confiée au ministère de l’Économie mais qui concerne tous les secteurs d’action gouvernementale: l’éducation, la santé, l’innovation, l’agriculture, le commerce, la culture, etc.

Une stratégie numérique, c’est urgent!

Des pans entiers de l’activité économique sont en train de se métamorphoser.

Si on continue à laisser les mutations numériques s’installer sans se donner des politiques efficaces pour adapter la société québécoise, le numérique sera synonyme d’appauvrissement.

Déjà, plein de gens trouvent plus facile d’acheter en ligne que d’aller dans les commerces traditionnels qui tardent à s’adapter à ces tendances.

Face à ces mutations radicales induites par la numérisation de pratiquement tout, plusieurs États développés ont entrepris d’organiser un minimum de réflexion sur les changements qui sont d’ores et déjà induits par la généralisation et l’omniprésence du numérique dans nos vies.

Mais au Québec, faute d’avoir anticipé plus activement les changements dans les façons de faire induits par la numérisation on risque de les subir de plus en plus.

Pas que des ordinateurs

Le numérique, c’est plus que des ordinateurs, des fils et des trucs techniques.  Le numérique induit des transformations plus profondes: ce sont les façons de faire qui changent. 

Ces mutations induisent de profonds changements dans nos façons de produire, de travailler, d’interagir; elles contribuent à changer le fonctionnement de notre quotidien. 

Pour réaliser ces changements profonds, il faut des politiques ambitieuses pour accompagner les transformations. Sinon, ces changements vont nous appauvrir.

Par exemple, les séismes qui secouent l’industrie du taxi qui se débat avec l’avènement de UBER ne sont qu’une illustration des conséquences de la connectivité désormais à la portée de pratiquement tout le monde.

Cette connectivité qui change les conditions d’exercice des métiers et profession, ouvre d’autres possibilités, fait paraître désuètes les anciennes manières de procurer des biens et des services, ruine la valeur des positions acquises dans les anciennes façons de faire.

Les hôteliers ont depuis longtemps appris que leur commerce n’est plus le même depuis qu’il est possible à pratiquement tout quidam de réserver un séjour en quelques clics de téléphone portable. 

Données massives

Le numérique, c’est aussi la production et la circulation de masses sans précédent d’information.  Cette information est source de valeur. 

Actuellement, faute de politique articulée, on laisse cette valeur aller... elle est appropriée par les géants du web qui n’ont pas à déclarer cette plus-value dans leurs revenus imposables chez nous. Est-ce bien cela que l’on souhaite?

Car les mutations issues du numérique font des gagnants mais aussi des perdants.  Une politique du numérique est de faire en sorte qu’il y ait plus de gagnants et moins de perdants.

Une politique du numérique doit identifier et appuyer ceux qui sont en posture de gagner dans cette société en réseaux sans oublier d’épauler ceux qui ont à se réinventer dans ces nouveaux contextes.

Évidemment, penser la société québécoise dans le contexte des mutations numériques ne saurait relever que du gouvernement. 

Mais l’État a un important rôle à jouer afin d’améliorer notre capacité collective à saisir les opportunités de la société connectée tout en minimisant les inconvénients.

Michelle Blanc, experte québécoise en stratégies numériques, reprenait récemment sur son blogue un extrait d’un rapport de la Banque mondiale expliquant que les pays: «(...) doivent formuler des stratégies de développement numérique bien plus ambitieuses que les stratégies actuelles en matière de TIC, et instaurer un cadre juridique et institutionnel qui permet à la technologie de procurer un maximum d’avantages au plus grand nombre. Bref, ils ont besoin d’établir un socle analogique solide pour faire en sorte que tous, peu importe où ils se trouvent, profitent des dividendes du numérique.»

Le temps n’est plus aux programmes parcellaires pour «stimuler» les exportations québécoises dans le numérique ou aider des entreprises qui crient plus fort que les autres.  C’est le cadre fondamental qu’il faut adapter.

Cela concerne aussi bien le cadre juridique applicable à tous que la réglementation sectorielle qui régit la plupart des activités.

Le secteur public

En 2016, alors qu’on peut pratiquement tout obtenir en cliquant sur son portable,  encore très peu d’interactions avec l’État se font en ligne. 

Bien sûr, on peut expédier nos rapports d’impôts en ligne, on peut y payer nos contraventions et obtenir quelques brochures sur les évènements qui marquent nos vies. Mais plusieurs d’entre nous sont encore tenus de faire la queue au petit matin pour accéder à la réception de leur clinique afin de quémander «en personne» un rendez-vous urgent!  

Une politique numérique digne de ce nom devrait au minimum garantir l’accès en ligne à un médecin et aux autres services publics avec autant de facilité qu’on accède à Facebook.

On parle d’un dossier santé informatisé depuis près de vingt ans.  Une politique numérique devrait sonner la fin de la récréation dans le domaine des technologies de l’information pour le secteur public... dans tout le secteur public, y compris les empires intouchables comme le système de santé.

Il est grand temps de restaurer la capacité des services publics de maîtriser leurs infrastructures informatiques plutôt que de les sous-traiter à des entreprises qui éprouvent de graves problèmes de vision lorsqu’il s’agit de repenser les services publics.

Car le secteur public pourrait être un puissant levier afin d’infléchir les tendances et accélérer l’adoption de nouvelles façons de faire.

Protection de la vie privée

Une stratégie du numérique c’est aussi des mesures afin de faire le ménage dans les sources de gaspillage au nom de vieilles visions de la protection de la vie privée. 

Par exemple, il paraît de moins en moins justifiable d’avoir à utiliser pratiquement un identifiant pour chaque organisme public ou municipalité avec lesquels nous avons à interagir.    

Certains pensent encore que cette inefficacité protège la vie privée.  C’est plutôt une grave menace pour notre vie privée car cela engendre la surmultiplication de banques de données, la collecte et la recollecte des mêmes informations sans compter l’impossibilité pour le citoyen de savoir ce qu’il advient de ses données personnelles.

Une politique numérique devra en finir avec les lois sur la protection des renseignements personnels héritées de l’informatique de grand-papa. 

Désormais les données circulent: un cadre juridique qui tente de les immobiliser est une source de gaspillage qui, en plus, ne protège pratiquement pas notre vie privée.

Le commerce de proximité

Nos commerces sont souvent absents des lieux virtuels dans lesquels de plus en plus de gens achètent leurs biens et services.  Est-il normal qu’il soit plus facile de commander un livre auprès d’un grand site américain qu’à la librairie de notre quartier?

Lorsqu’on laisse persister un tel état de fait, on pousse à la disparition nos commerces de proximité. 

Une politique numérique, c’est un ensemble de moyens afin d’habiliter nos entreprises à prendre leur place en ligne, sur les applications et dans le monde connecté.

Une véritable politique numérique ne peut plus se limiter à quelques programmes de soutien aux industries qui crient au naufrage. 

Il faut aussi que ceux qui accaparent désormais la valeur, notamment en profitant des informations générées par la connectivité, paient leur juste part. 

S’attaquer au jovialisme au sujet des stratégies d’évitement fiscal des multinationales fait aussi partie de l’équation numérique.

Une politique du numérique n’est pas une politique sur les ordinateurs et les autres bidules techniques.  C’est un ensemble d’objectifs et de mesures afin d’appuyer l’ensemble de la société dans une transformation profonde des façons de faire, des attitudes. 

Ce n’est pas une politique pour un secteur, ou une industrie, c’est un projet qui concerne tout un chacun des secteurs d’activité.

La commande est considérable.  Souhaitons que cette fois, on sache relever le défi. 

La nouvelle ministre a une grosse commande à remplir!

 

Pour aller plus loin : Un plan numérique pour le Québec par un groupe d’experts qui avaient sonné l’alerte il y a maintenant trois ans! 

Également, un texte très complet sur les enjeux du numérique par Sophie D’Amours, Stéphane Roche, Jean­‐Yves Roy et Vincent Tanguay,  Le numérique: un levier de croissance économique et de développement durable pour le Québec