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Zep 2.0

What a Wonderful World<br />
Zep<br />
Ed. Delcourt<br />
zepworld.blog.lemonde.fr/
Photo courtoisie What a Wonderful World
Zep
Ed. Delcourt
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La rentrée 2015 en fut une fertile pour Zep avec la parution du 14e tome de la populaire série Titeuf et la mise en album de ses prodigieuses bandes publiées sur le portail web du Monde.

Incontestablement un des plus grands auteurs de sa génération — il est le plus jeune lauréat du Grand Prix d’Angoulême de son histoire —, Zep a ce don rare de transformer tout ce qu’il touche en succès. À titre d’exemple, le nouveau tome de Titeuf a été imprimé à 500 000 exemplaires, ce qui en fait le second plus gros tirage de la saison après le nouvel Astérix. Alors qu’il pourrait couler des jours paisibles, l’illustrateur ­vedette se lance dans l’aventure folle de ­publier des bandes hebdomadaires traitant de l’actualité sur le portail web du journal Le Monde. «Ce blogue est un formidable ­laboratoire qui me permet de créer dans l’instantanéité. Je tiens un carnet depuis des années, et j’ai eu envie de me commettre», raconte le créateur suisse. J’ai proposé ce projet au Monde, institution sérieuse s’il en est une, en croyant que la rédaction ­refuserait.»

Se défendant d’être un dessinateur de presse, Zep aborde l’actualité d’un angle très personnel, tenant la vedette de ses bandes. Naviguant habilement entre la comédie (la sexualité des superhéros), la philosophie (dont une étonnante conversation avec Dieu) et le drame (un poignant récit de Titeuf de 50 cases réalisé en deux heures qui fait échos à la tragédie des réfugiés syriens et du petit Aylan Kurdi), il témoigne avec éloquence du monde étrange dans lequel nous vivons. «Ce blogue ouvre en quelque sorte les portes de mon atelier sur le monde. Du coup, je mets en ligne des trucs que je n’aurais autrement jamais montrés, explique l’émérite illustrateur au bout du fil. J’aime bien le rapport immédiat et intime que procure cette plateforme avec les ­lecteurs, cette liberté d’être con ou songé sans en être inquiété, cette absence de cible de lectorat.» À la manière de son ­savoureux Découpé en tranche publié en 2006, le trait davantage jeté de ce grand ­humaniste transmet admirablement ­l’émotion. Page après page, Zep fait mouche.

Changement de registre

Bien qu’il fasse rire des générations de jeunes lecteurs — et leurs parents — depuis la création du coloré préado Titeuf en 1992, l’artiste a longtemps hésité à montrer ses bandes à tonalité plus grave confinées dans ses carnets. C’est un Zep inédit et étonnant que les lecteurs découvraient ­enfin dans Une histoire d’homme publié en 2013 aux éditions Rue de Sèvres. Il récidivera au printemps 2016 avec Un bruit étrange et beau. «J’ai eu la chance de créer un personnage qui connaît un grand succès, dont le lectorat grandit et me suit dans mes séries plus adultes. Cela m’émeut, explique-t-il. C’est un immense privilège.»

 

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