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Faut-il arrêter le progrès?

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Donc, les chauffeurs de taxi veulent la désactivation de l’application Uber au Québec.

C’est quoi, la suite?

Les allumeurs de réverbères vont demander la destruction immédiate des lampadaires?

Les typographes vont militer pour l’interdiction des ordis dans les salles de rédaction?

Les palefreniers, les maréchaux-ferrants et les conducteurs de calèches vont demander au gouvernement d’interdire les automobiles sur le territoire québécois?

On va stopper la numérisation des salles de cinéma pour sauver les projectionnistes?

The times they are a-changin 

Voici une liste de métiers qui ont disparu au fil des ans: ramasseur de quilles, laitier, cantonnier, crieur, poinçonneur, télégraphiste, garçon d’ascenseur, standardiste, coupeur de glace, dame-pipi...

Tous ces gens régnaient en rois et maîtres dans leur domaine et, un jour, paf! les choses se sont faites différemment et leurs services – si essentiels deux semaines auparavant – n’étaient plus requis.

Cela s’appelle le progrès.

Et plus ça va, plus les choses vont changer rapidement.

Bientôt, on n’aura même plus besoin de chauffeurs! Les autos qui vont venir nous cueillir à l’aéroport vont se conduire elles-mêmes.

Chauffeurs de taxi, chauffeurs d’Uber, tout cela va devenir obsolète.

Avant, pour être chroniqueur, il fallait se faire embaucher par un journal. Aujourd’hui, tu te crées un blogue et ta-dam! tu ­rejoins les rangs des commentateurs et peux devenir aussi célèbre que Foglia.

À quand une manif de pimps? 

Vous avez vu le film Tangerine, qui raconte les aventures de deux prostituées transgenres à Los Angeles ?

Ce long-métrage, qui a remporté plusieurs prix, a été tourné avec un iPhone 6.

Plus besoin de directeur photo, de caméraman, de machiniste, d’assistant-opérateur...

Va-t-on se mettre à exiger la destruction des téléphones intelligents ou la désactivation de certains logiciels et applications pour sauver Hollywood?

Maintenant, on trouve des applications «à la Uber» pour tout.

Trouver des gens pour déblayer notre entrée de garage, tondre notre pelouse, promener notre chien, se faire livrer des colis, survolter notre auto...

Bientôt, il n’y aura plus de disquaire, de librairie, de club vidéo ni d’agence de voyages. Et les hôtels verront leurs profits piquer du nez à cause d’Airbnb et des services d’échanges de maisons.

Même l’industrie du sexe va changer! Qui a besoin d’une prostituée (ou d’un pimp) avec Tinder?

La fin des chasses gardées

Récemment, le réalisateur William Friedkin (L’exorciste) a sorti une version Blu-Ray de son chef-d’œuvre, French Connection.

Pour l’occasion, il a «retouché» complètement le look de son film avec l’aide de coloristes (qui utilisent des logiciels hyper-­sophistiqués pour changer la couleur des images photographiées).

Owen Roizman, le directeur photo de ce classique tourné en 1971, a piqué une sainte colère. «Friedkin a complètement dénaturé mon travail! s’est-il exclamé. Les images que j’ai tournées étaient granuleuses, comme dans un documentaire, mais il les a polies, saturées...»

Avant, le directeur photo était un magicien. Bien souvent, il était le seul sur le plateau à maîtriser l’art d’écrire avec de la lumière. Aujourd’hui, avec les ordinateurs, les réalisateurs ne sont plus à leur merci.

Les directeurs photo ont perdu de leur pouvoir et sont tombés de leur piédestal...

Bienvenue au XXIe siècle.