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Taxis vs Uber: où sont les clients dans l’équation?

File photo of the logo of car-sharing service app Uber on a smartphone over a reserved lane for taxis in a street in Madrid
REUTERS Le conflit monte d'un cran...

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La «guerre» entre l'industrie du taxi et le service de voitures Uber monte d’un cran à Montréal.

Grève des taxis le 10 février prochain ; création d’«escouades» anti-Uber ; recours aux policiers pour tenter de faire «saisir» les véhicules Uber; demande d’injonction permanente présentée par le Regroupement des travailleurs autonomes Métallos pour tenter de faire déclarer Uberx «illégale» ; appels au gouvernement Couillard pour qu’il intervienne dans le conflit, etc.

On se souviendra aussi de la controverse récente entourant des voitures Uber qui, pendant la période fort occupée des Fêtes, ont chargé pour certaines courses l’équivalent de la peau des fesses de leurs clients. Certains clients s'étant même fait imposer des factures salées de plusieurs centaines de dollars pour une simple course qui, en taxi régulier, leur en aurait coûté qu’une petite fraction. Le National Post rapportait même qu’à Edmonton, un usager d’Uber s’était vu facturer 1,114$ - soit 8,9 fois le coût de la même course par taxi régulier!

Sans compter les menaces de recours collectifs possiblement en vain par des clients qui, malgré les avertissements d’Uber sur la fluctuation de ses tarifs, se sentent tout simplement floués.

Au début janvier, le dorénavant ex-ministre des Transports Robert Poëti n’offrait que ceci comme solution : «Les citoyens doivent refuser de prendre les taxis illégaux». Un peu mince...

Pendant ce temps-là, Alexandre Taillefer – homme d’affaires, ex-Dragon et grand patron de Téo Taxi qui, promet-il, révolutionnera la «manière de transporter les Montréalais», dénonçait à son tour les pratiques d’Uber qu’il dit «proches du capitalisme sauvage».

Voilà pour l’état des lieux.

***

 

Retour au déni

Maintenant, voyons du point de vue des clients où se situe le risque, réel, de la situation actuelle.

Eh oui, parce que derrière cette guerre taxis vs Uber, il y a aussi les CLIENTS – vous et moi.

Le danger est que cette guerre ouverte propulse à nouveau l’industrie montréalaise du taxi dit «traditionnel» dans le même déni qui la caractérise depuis des années.

Maintenant que les gens savent qu’ils peuvent se retrouver avec des factures élevées lorsqu’ils ont recours à Uber dans certaines périodes, l’industrie du taxi prie pour qu’Uber perde une partie de sa clientèle.

Or, si cette même clientèle s’est précipitée et se précipite encore chez Uber, c'est avant tout précisément à cause des lacunes nombreuses des taxis réguliers à Montréal.

J’en faisais état ici dans ce billet intitulé : «Une industrie dysfonctionnelle»...

Ce ne sont évidemment pas tous les taxis de Montréal qui souffrent des problèmes suivants, mais ils sont trop nombreux à le faire.

- Malpropreté de plusieurs taxis qui parfois, prennent même des allures de véritables poubelles sur quatre roues.

Étant une utilisatrice de taxis à Montréal depuis de nombreux années – je ne conduis pas d’auto et mes circonstances familiales et professionnelles m’obligent à y avoir recours sur une base régulière -, je peux en témoigner comme bien d’autres Montréalais.

Encore cette fin de semaine, j’ai pris deux taxis «par hasard» sur la rue. Deux compagnies différentes avec un point commun : voitures sales et chauffeurs à l’avenant...

- Dans cette industrie devenue dysfonctionnelle au fil des ans, on trouve donc aussi certains chauffeurs impolis et/ou à l’allure fortement négligée.

- La précision et le degré de politesse de la prise d’appels (les fameux «dispatchers») varient grandement d'une compagnie à l'autre.

- Les mêmes problèmes de propreté sont évidemment trop souvent constatés pour le Transport adapté de personnes vulnérables – handicapées intellectuelles, physique ou âgées.

Bref, l’industrie dite traditionnelle du taxi à Montréal est non seulement dysfonctionnelle, elle fait carrément honte à la métropole du Québec depuis longtemps.

Et ce, sous le regard complaisant des gouvernements, des administrations municipales et d'un Bureau du taxi dont, à vrai dire, on se demande bien à quoi il sert dans les faits.

En d’autres termes, face à l’œil au beurre noir récent d’Uber pour sa majoration excessive de tarifs et hormis pour des projets-pilote comme Téo Taxi, l’industrie du taxi à Montréal semble tentée de s’enfoncer à nouveau la tête dans le sable de ses propres manquements face à sa propre clientèle.

Combattre Uber est une chose. Montréal est d'ailleurs loin d’être la seule ville au monde où l’industrie traditionnelle du taxi le fait.

Or, pour contrer Uber, fournir aux clients de la métropole du Québec des voitures propres, des chauffeurs courtois et un service rapide ne serait-elle pas – et de loin -, l’arme de combat la plus efficace d’entre toutes?