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L'organisme qui s'est fait pincer à dépenser sans compter

Bloc - bordel informatique
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Les contribuables versent chaque année 2 milliards de dollars à un organisme fédéral qui se lance dans des dépenses informatiques sans bien mesurer si ça vaut la peine.

Le bordel informatique s’incruste aussi au fédéral. Pour certains, quand on se compare, on se console. Pour d’autres, quand on se compare, on se désole. Le bordel est payé en double par les contribuables québécois.   

Le vérificateur général, Michael Ferguson, s’est penché sur le cas de Services partagés Canada, soit l’organisme fédéral qui coordonne les grands dossiers informatiques du gouvernement fédéral. Plusieurs ministère et organismes font confiance à Services partagés Canada (SPC) pour assurer le succès de leur système informatique : ministère des Affaires étrangères, l’Agence du revenu, Environnement Canada, Industrie Canada ou la Gendarmerie royale du Canada.

SPC a un rôle déterminant pour le succès de nos organismes fédéraux et de notre portefeuille collectif. Chaque année, l’organisme dépense près de 2 G$ en argent public en informatique, confirmant ainsi l’importance du rôle (et du budget) que le gouvernement canadien lui accorde.

Mais le VG fait toute qu’une découverte :

1. SPC dépense l’argent public par son rôle d’appui des systèmes informatiques des ministères et organismes qu’il dessert. Mais le VG indique que SPC «n’a pas établi d’attentes claires et concrètes» avec les organismes qu’il dessert. L’organisme «ne peut donc pas démontrer s’il maintient ou améliore les services depuis sa création (en 2012) et, le cas échéant, comment il y arrive ». Autrement dit, SPC fournit son aide et dépense l’argent public sans vraiment savoir si les efforts en valent les deniers publics. 

2. Le VG expose à plusieurs reprises que SPC dépense l’argent des contribuables sans compter de façon précise.

• SPC «a de la difficulté à calculer le total exact des économies et à en rendre compte»

• SPC «n’avait pas pris en compte les coûts assumés par les partenaires dans le cadre de la transition au modèle des services partagés. Par conséquent, le total des économies financières réalisées par le gouvernement reste en grande partie inconnu»

• SPC «n’avait pas mis au point des processus uniformes pour calculer les coûts et mesurer les progrès et les économies».

Ces passages, concernant la façon actuelle de calculer les économies par SPC, sont préoccupants.Quand un gouvernement fait un achat au nom de plusieurs ministères et organismes, comme c’est le cas avec SPC. Il est évident qu’il peut générer des économies que si chacun achetait de son côté. Mais, lors d’un achat de groupe, il peut y avoir plusieurs dépenses au sein de chacun des ministères, afin de s’adapter à l’implantation et la transition de l’achat de groupe (déménagement, formation, migration technologique, transformation organisationnelle, transfert de connaissance...) Or, le VG vient démontrer que SPC n’a pas inclus ses frais de transition dans son calcul pour les économies. Personne ne peut donc savoir quelle est vraiment l’économie générée par SPC.

3. SPC «n’a pas officiellement mesuré la satisfaction des partenaires (ministères et organismes) à l’égard des services reçus ni rendu compte de ses progrès au Parlement». Comme service après-vente, SPC n’a donc pas fait bonne figure même s’il dépensait l’argent public.

4. «Le plan stratégique en TI pour le gouvernement du Canada n’en est toujours qu’à l’état d’ébauche; c’est donc dire qu’il n’a pas encore été officiellement communiqué ni mis en œuvre». Le VG souligne que le gouvernement du Canada, en 2016 et malgré les milliards $ qu’il dépense annuellement, n’a pas encore un plan précis pour ses priorités en informatique.

5. SPC «n’avait pas effectué d’évaluation en bonne et due forme des menaces et des risques ni mené d’activités correspondantes d’assurance de la sécurité pour l’infrastructure soutenant les systèmes essentiels à la mission ou les systèmes hérités des partenaires».

Ce passage n’a rien pour rassurer les experts en sécurité informatique qui crient haut et fort que les institutions publiques négligent leur sécurité. La VG confirme cette négligence. Rappelons que l’Agence du revenu et la GRC font partie des partenaires de SPC.

Pour exposer plus concrètement les impacts de l’incurie de SPC, le VG relate pendant 40 minutes, «le 24 mars 2014, les services de police, d’incendie et d’urgence médicale de toute la Saskatchewan n’ont pu ni recevoir d’appels du centre de répartition ni lui en transmettre, et ils ne pouvaient pas communiquer entre eux pour signaler les situations d’urgence et coordonner leur intervention au moyen du système radio». Ces systèmes sont gérés par les spécialistes en technologies de SPC.