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La ministre à compétences transversales

La ministre à compétences transversales
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Dominique Anglade, responsable de la stratégie numérique, n’a pas hérité d’un dossier sectoriel, mais d’un pilotage de toute la société québécoise.

Nombreux sont ceusses qui se sont réjouis de la décision du premier ministre Couillard de prioriser le développement d’une stratégie numérique pour le Québec et d’en confier la responsabilité à une ministre poids lourd.

Dans certains cercles, c’est la perspective de voir venir vers eux la manne gouvernementale des investissements informatiques (3 milliards $ par année) et autres dépenses de nombreux programmes publics.

Pour d’autres, c’est la possibilité qu’enfin tous les segments de population, communautés et régions du Québec accèdent équitablement aux opportunités offertes par la révolution numérique.

Sauf qu’il demeure encore difficile d’en juger en l’absence d’un énoncé de politique gouvernementale ou même seulement des détails du mandat que Philippe Couillard vient de confier à sa ministre.

Ce qu’on peut affirmer cependant, c’est que Dominique Anglade détient une responsabilité pangouvernementale, et même carrément sociétale. Ceci est une bonne nouvelle en soi.

Un commentateur avait conclu que : « essentiellement, la stratégie numérique du gouvernement sera dorénavant gérée par le Ministère de l’Économie, de la Science et de l’Innovation ». Si cela avait été vrai, cela aurait donné un angle surtout économico-industriel à la stratégie.

Ai donc vérifié auprès du Ministère du Conseil exécutif (le ministère du premier ministre) : cette conclusion s’avère inexacte. Le mandat de la stratégie numérique n’a pas été confié à un ministère, mais bien plutôt à une élue chargée de coordonner l’ensemble du travail de tout l’appareil gouvernemental québécois sur cette question. Il s’adonne seulement que cette personne a aussi une autre responsabilité ministérielle.

Il peut difficilement en être autrement. Le premier ministre a-t-il pas lui-même signalé cet automne qu’il s’agissait en fait « d’accélérer la transition » du Québec entier dans cette nouvelle ère déjà disruptive.

Robots cols bleus

M. Couillard avait alors longuement parlé des effets destructeurs de la révolution numérique sur des millions d’emplois rendus caducs en mettant en péril la classe moyenne.

Illustrons.

Ma plus jeune est – actuellement – dessinatrice ébéniste industrielle dans une entreprise produisant des meubles sur mesure pour grands établissements ou chaines commerciales, hôtelières ou de restauration. Elle ne travaille ni avec règles, compas et crayons, ni avec scies, marteaux et ciseaux à bois. Plutôt avec souris, grands écrans et puissants ordinateurs.

À partir des requêtes et préférences des clients, ma plus jeune crée les plans numériques qui génèrent les programmes exécutés par les robots produisant chacune des pièces de mobiliers. Les employés sur les planchers des usines n’ont qu’à sortir les matériaux des camions des fournisseurs et les entreposer ; alimenter les robots en matériau et préassembler les pièces produites ; puis mettre ces sections de mobiliers dans d’autres camions à destination des clients.

Or, déjà existent les robots capables de remplacer toutes ces tâches réalisées par ces employés d’usine.

Déjà roulent aussi sur les routes les camions à pilote automatique qui remplaceront les chauffeurs dans 10 ans au plus tard. Cela parallèlement à l’automatisation des flottes de taxis, Uber ou pas.

Robots cols blancs

Peut-être, pensez-vous que ma plus jeune se retrouve du bon bord de l’automatisation parce qu’elle fait partie de ceusses qui écrivent les commandes des robots ?

Détrompez-vous. Déjà existent les systèmes d’intelligence artificielle qui peuvent prendre les clients par la main pour produire avec eux les plans numériques des produits qui répondront à leurs besoins et préférences.

Déjà on expérimente ces mêmes systèmes d’intelligence artificielle pour remplacer les commis et préposés à la clientèle des entreprises commerciales et services publics. Car l’écrasante majorité des requêtes des clients est routinière, donc aisément confiable à des machines. En outre, les clients ne perdront plus des dizaines de minutes au téléphone ou en clavardage pour finalement arriver au bon département ou avoir réponse à l’ensemble de leurs besoins. Car une seule machine maitrisera l’entièreté des produits et services ainsi que des fonctions de relation à la clientèle.

Voilà pourquoi on imagine plus des futurs meilleurs comme au XXième siècle. Aujourd’hui, c’est l’avenir lui-même qui semble plutôt se ruer vers nous à grande vitesse.

Défi transversal

Sur ce seul dossier colossal de l’automatisation, la ministre Anglade devra mobiliser les connaissances, non seulement de la fonction publique en Industrie, Petites et Moyennes Entreprises, Économie, Innovation, Emploi, Éducation, Enseignement supérieur, Culture, Solidarité sociale, Transports, Agriculture, Alimentation et autres. Elle devra mobiliser aussi les connaissances des acteurs mêmes de ces différents secteurs et, plus largement, de la société civile dans son entier.

Or, les défis posés de l’automatisation ne représentent qu’une fraction des questions et enjeux soulevés par la numérisation de la société québécoise et du reste du monde.

En attendant d’en savoir plus sur le plan de match de Dominique Anglade, il faut souhaiter que la nouvelle ministre arrive à concilier le tourbillon des sollicitations à court terme en Économie, Science et Innovation et la réflexion à long terme exigée pour la stratégie numérique.