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Le désaveu du PM a coûté 18 M$

Québec a dépensé 13 M$ pour les travaux préparatoires et des pertes boursières ont été enregistrées

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AFP En août 2013, Denis Duteau, ancien maire d’Anticosti, inspectait un puits sur l’île, là où des activités d'exploration pétrolière avaient été menées en 2010. M. Duteau avait été embauché comme lobbyiste pour la société pétrolière Pétrolia.

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Le désaveu de Philippe Couillard à l’égard du projet d’exploration des hydrocarbures sur l’île d’Anticosti a déjà coûté près de 18 millions $ aux contribuables québécois.

Québec a dépensé plus de 13 millions $ jusqu’à maintenant dans les travaux préparatoires visant à confirmer le potentiel pétrolier et gazier sur Anticosti, selon les informations de notre Bureau parlementaire.

Mais ça ne s’arrête pas là. Les déclarations du premier ministre, qui a pratiquement enterré le projet lors de son passage à la conférence de Paris au début décembre, ont contribué à plomber les investissements du gouvernement dans la filière énergétique.

Pertes boursières

En deux mois, le gouvernement (Ressources Québec) a subi des pertes boursières de près de quatre millions $ dans les titres de Junex et Pétrolia. Sans parler des pertes enregistrées par la Caisse de dépôt pour les deux mêmes entreprises durant la même période, qui frisent les 700 000 $, selon nos calculs.

Ressources Québec n’a pas rappelé Le Journal, et le cabinet du ministre Pierre Arcand n’a pas voulu commenter.

Dans le secteur des finances, on ne comprend tout simplement pas la volte-face de Philippe Couillard. Selon Paul-Henri Couture, administrateur de sociétés et ancien vice-président principal, Institutions financières et Ressources naturelles à la Caisse de dépôt, les déclarations du premier ministre s’apparentent à «un moratoire» et ont eu un «impact majeur» sur l’action de Junex et Pétrolia.

«Le gouvernement est prêt à faire assumer à l’État une perte, donc à l’ensemble des Québécois une perte [...] avant même de connaître l’évaluation scientifique du projet», déplore M. Couture, qui siège notamment au conseil d’administration de la minière Strateco. L’entreprise poursuit le gouvernement pour avoir bloqué son projet de mine d’uranium Matoush.

« Inadmissible »

«C’est inadmissible que nos dirigeants politiques n’aient pas conscience de l’impact de leurs propos sur les entreprises et sur les petits épargnants qui investissent leurs économies dans des compagnies québécoises», insiste M. Couture. «On a des intermédiaires, qui sont des politiciens, qui s’amusent avec l’argent des autres et qui n’en ont aucune considération.»

Est-ce que les entreprises concernées devraient poursuivre le gouvernement? «Si j’étais chez Pétrolia, je me poserais de sérieuses questions sur les suites à donner aux déclarations» de Philippe Couillard, répond-il.

Dégringolade des actions

4 décembre 2015

  • Valeur des actions de Junex - 0,48 $
  • Valeur des actions de Pétrolia - 0,35 $

3 février 2016

  • Valeur des actions de Junex - 0,30 $
  • Valeurs des actions de Pétrolia - 0,25 $

Déclaration de Philippe Couillard

Le 5 décembre 2015 à Paris:

«Anticosti, moi, je n’ai rien à voir avec ça. Je l’ai trouvé à mon arrivée au gouvernement. J’aurais préféré ne pas le trouver, parce que j’étais contre ce projet-là quand j’étais dans l’opposition.»

Autre déclaration de Philippe Couillard le 11 décembre 2015 à Québec, à son retour de Paris:

«Le délabrement de ce milieu unique ne portera pas ma signature.»

Un actionnaire se sent « trompé »

Petit actionnaire dans les entreprises québécoises Pétrolia et Junex, Gilles Dupuis est «dévasté» par la volte-face du gouvernement dans le projet d’exploration pétrolière et gazière sur l’île Anticosti.

Enquêteur à l’Ordre des ingénieurs du Québec, M. Dupuis a décidé d’investir une partie de ses économies dans les deux compagnies québécoises.

«Je me suis dit qu’il fallait aller voir et que, comme partout où il y a des hydrocarbures, comme en Norvège par exemple, cela pourrait bénéficier à la situation financière du Québec, au maintien de nos programmes sociaux, à lutter contre la dette, à développer notre savoir-faire. C’était une situation gagnante-gagnante, tant pour l’économie du Québec que pour l’appréciation de la valeur de mes actions.»

Les déclarations du premier ministre Philippe Couillard formulées au début décembre durant la 21e conférence des pays sur les changements climatiques, qui a pratiquement enterré le projet, ont eu l’effet d’une douche froide.

« Déstabiliser » l’économie

Gilles Dupuis se sent «trompé, comme une foule de petits et de plus grands investisseurs québécois». Selon lui, en agissant de la sorte, le gouvernement contribue à «déstabiliser» l’économie du Québec «en suggérant que sa stratégie économique pouvait reposer sur l’humeur capricieuse de ses dirigeants».

Il ajoute que sa propre confiance envers le gouvernement est ébranlée. «Rien ne pouvait donner à prévoir aux entreprises du secteur des hydrocarbures, aux communautés visées, aux actionnaires, le brusque revirement du gouvernement par la voix de son premier ministre.»

Les compagnies impliquées dans le partenariat d’exploration d’Anticosti n’ont d’autre choix que de poursuivre le gouvernement, croit M. Dupuis. Il estime qu’un recours des actionnaires est également une avenue à envisager.