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Rona la honte

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Ça s’est fait en douce et annoncé une fois chose faite. Rona, une entreprise liée à une foule de PME québécoises, vendue à une entreprise américaine. Avalée, achetée, brocantée grâce à de vrais dollars...

Avec la complicité de ses dirigeants. Ça vaut la peine de le citer celui-là, le patron Robert Chevrier: «Nous croyons que le moment est venu de franchir cette nouvelle étape.» Quelle étape? Celle de gonfler extraordinairement la fortune des actionnaires?

Adieu veaux...

Il faudrait plutôt lire: «C’est le moment d’abandonner ceux qui ont fait notre succès, c’est le moment de passer à la caisse.» Adieu veaux, vaches, Teamsters...

Cette transaction fait bien sûr le bonheur des dirigeants. Il y a toujours quelque chose pour les vendus. Surtout quand on offre le double de la valeur courante des actions.

Devant tant de bénéfices instantanés, les remords disparaissent aussi vite qu’un scotch au Ritz.

Rona n’est pas une entreprise comme les autres. Elle est au cœur du Québec manufacturier, comme un ventricule.

C’est une des principales sources de distribution des produits québécois.

Qui nous dit que les acheteurs de Lowe’s ne décideront pas dans trois ou quatre ans de laisser tomber les marteaux Garant, faits au Québec, pour vendre ceux de Taylor, faits au Colorado?

Les Américains promettent aussi de maintenir un siège social au Québec, à Boucherville. La belle affaire! Un siège social de caporaux subordonnés, où on choisira quel humoriste sera de la prochaine campagne de publicité. Les vraies décisions auront été évacuées.

Club social

Qu’est-ce que le siège social d’Alcan Rio Tinto au Québec sinon un club social de cadres supérieurs chargés des commandites culturelles et des conventions collectives locales? Les décisions importantes sont prises à Londres.

Et de Londres, les locaux de la rue Sherbrooke sont on ne peut plus lointains...

Dans le cas de Rona, les décisions primordiales viendront de Caroline du Nord. Le pouvoir aura déménagé. Les ex de la minière Cliff Ressources pourraient vous dire combien il était agréable de travailler sous la botte de Cleveland...

Mais la nouvelle ministre de l’Économie, Dominique Anglade, se dit satisfaite des «garanties» de Lowe’s. Mettons...

Plus terre-à-terre, Pierre Karl Péladeau a soutenu qu’il faut empêcher la transaction. Ce serait faisable avec un «squeeze-out» impliquant la Caisse de dépôt et placement.

À lire les médias sociaux, un grand nombre de Québécois, peu importe leur clan constitutionnel, abondaient en ce sens. Cette fois, PKP tape dans le mille.

Rona est inscrit dans l’ADN industriel du Québec. Mais le gouvernement Couillard prend la pose du bonsaï comme avec UberX.

Pourtant, le dollar est faible et le danger persiste: après Rona, ce sera quoi? Bombardier? On risque l’établissement définitif d’une économie de succursales!

Le Québec a déjà trop souffert de la délocalisation d’entreprises et de pertes d’emplois conséquentes. Bloquer la vente d’actifs industriels stratégiques devrait être une priorité absolue. Encore faudrait-il qu’on s’intéresse à autre chose qu’aux programmes sociaux...