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À la défense de notre accent

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La nouvelle a causé un tollé: le ministère de l’Éducation, en France, a finalement décidé d’appliquer la «nouvelle orthographe», qui prétend simplifier la langue en la délivrant de certaines irrégularités.

Le public a surtout retenu une chose: à quelques exceptions près, on fera sauter l’accent circonflexe. Comme s’il était de trop, qu’il était trop vieux et ne comptait plus. Exit le chapeau des voyelles!

D’ailleurs, qui porte encore un chapeau, aujourd’hui, sinon des écrivains d’exception fidèles aux exigences classiques de l’élégance?

Linguistes?

On se débarrasse des belles nuances. Tout doit être fonctionnel, sans plus.

On trouve ici et là des pseudo-linguistes qui pratiquent le relativisme extrême et nous expliquent que rien de tout cela n’est grave. Comme d’habitude.

Ils nous répètent que la langue a évolué avec le temps, qu’elle a toujours changé, et qu’elle changera encore. Ils nous rassurent: tout va pour le mieux. Ne nous emportons pas pour un accent!

Il n’y aurait que de vilains réactionnaires, de pénibles grincheux et des vieillards obstinés par le monde d’hier pour s’y opposer.

En simplifiant la langue, on la rendrait plus accessible et plus moderne! Pourquoi ne pas s’en féliciter?

Caprice!

Évidemment, on ne mourra pas pour ça, même si avec Cioran, on aurait envie d’écrire «je rêve d’un monde où l’on mourrait pour une virgule». On peut vivre, manger, chanter et danser sans accent circonflexe.

Et pourtant, cette réforme n’est pas insignifiante. Derrière elle, il y a toute la paresse de notre époque quand vient le temps d’écrire et de parler rigoureusement.

Combien de fois a-t-on pu lire ces phrases débiles: «La langue n’est qu’un contenant, l’essentiel est le contenu.» «Qu’on fasse ou non des fautes, l’essentiel est qu’on se comprenne.»

Il ne faut plus maîtriser la langue. Ce n’est plus un idéal. Il faut plutôt la soumettre à nos caprices.

Comme tout le reste.