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La prévalence de carie trois fois plus faible à Dorval, montre une étude

Les enfants de Dorval ont des dents plus saines qu’ailleurs à Montréal, dit une étude

L’étude montre que les enfants de Dorval, où l’eau est fluorée, ont près de trois fois moins de risque de développer des caries qu’ailleurs.
Photo courtoisie L’étude montre que les enfants de Dorval, où l’eau est fluorée, ont près de trois fois moins de risque de développer des caries qu’ailleurs.

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Les enfants de Dorval ont près de trois fois moins de risque de développer des caries que dans les autres quartiers de Montréal grâce à la fluoration de l’eau, montre une étude.

«C’est sûr que c’est surprenant, mais ça montre à quel point l’impact de la fluoration de l’eau potable est important pour la santé des dents», souligne Leonardo Nassani, auteur de l’étude réalisée l’été dernier.

Leonardo Nassani, auteur de l’étude
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Leonardo Nassani, auteur de l’étude

Âgé de 19 ans, cet étudiant en médecine dentaire de l’Université McGill a réalisé une étude grâce à une bourse de 2600 $ pour évaluer l’impact de la fluoration de l’eau sur la santé dentaire.

Sur l’île de Montréal, seules les villes de Dorval et Pointe-Claire ajoutent du fluor à l’eau de leur usine de filtration. Aux fins de l’étude, la santé dentaire de 415 enfants de neuf secteurs montréalais, dont un seul fluoré (Dorval), a été comparée.

L’étudiant de McGill et son professeur Dr Louis Touyz ont analysé les dossiers dentaires de 45 enfants (0 à 18 ans) de deux cliniques dentaires, dans chacun des quartiers. À Dorval, 55 dossiers ont été analysés.

Les enfants ont été choisis au hasard et les auteurs se sont assurés que les petits patients demeuraient dans le bon quartier.

Trois fois moins

Grâce à l’indicateur CAO (carie, dent absente ou obturée), ils ont obtenu la prévalence de la carie, et l’état de la santé dentaire.

«Plus l’indice est bas, plus les dents sont intactes. Plus il est élevé, plus les dents sont endommagées», résume l’auteur.

Pour calculer l’indice CAO, le nombre de caries et de plombages a été notamment comptabilisé, ainsi que le nombre de dents manquantes. Les radiographies ont aussi été analysées.

Résultat: les 55 enfants de Dorval ont une prévalence CAO moyenne de 0,04, tandis que la moyenne chez les enfants des huit autres quartiers atteint 0,11, soit presque trois fois plus (voir tableau).

«C’est sûr que c’est lié à la fluoration», dit l’auteur.

«C’est assez significatif», réagit Barry Dolman, président de l’Ordre des dentistes du Québec (voir autre texte).

Pousser l’étude

Par ailleurs, aucun cas de fluorose, soit l’excès de fluor qui cause des taches sur les dents, n’a été noté à Dorval. Encouragé par ces résultats, le professeur Louis Touyz compte élargir l’étude dans le futur.

«Ça montre clairement que le fluor fonctionne, dit-il. On est très excités de ce qu’on a découvert, avoue-t-il. On est au Québec, et on montre l’exemple. C’est magnifique.»

♦ Seulement cinq villes au Québec mettent du fluor dans l’eau de leur usine de filtration: Pointe-Claire, Dorval, Lévis (Saint-Romuald), Saint-Georges et Châteauguay.

Prévalence de carie* par quartier

 
  • Dorval:  0,04
  • Côte-des-Neiges:  0,09
  • Pointe-Saint-Charles:  0,09
  • Saint-Henri:  0,09
  • Notre-Dame-de-Grâce:  0,10
  • Hochelaga-Maisonneuve:  0,10
  • Saint-Laurent:  0,11
  • Pierrefonds:  0,13
  • Lachine:  0,14

Moyenne des quartiers non fluorés: 0,11

*Basée sur l’indice CAO. Le calcul est fait à partir de plusieurs facteurs, dont le nombre de caries. Plus l’indice est bas, meilleure est la santé dentaire.

Source : Université McGill

L’Ordre dénonce l’inaction du gouvernement

Barry Dolman, président de l'Ordre des dentistes
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Barry Dolman, président de l'Ordre des dentistes

L’inaction du gouvernement dans le dossier de la fluoration de l’eau est «intolérable», déplore l’Ordre des dentistes du Québec.

«Il n’y a rien qui bouge!» dénonce Barry Dolman, président de l’Ordre.

« Pas de mot »

«Il n’y a pas de mot assez fort pour dénoncer une situation intolérable qu’on doit encore débattre en 2016 auprès du gouvernement pour avoir une meilleure santé dentaire», ajoute-t-il.

En juin dernier, Dr Dolman avait fait une sortie en règle pour dénoncer l’inaction du gouvernement dans ce dossier. Selon lui, cette mesure permettrait de réduire jusqu’à 40 % les cas de carie dentaire.

Rappelons que, selon le ministère de la Santé, les enfants québécois ont de 40 % à 50 % plus de caries que les autres enfants nord-américains, où la fluoration de l’eau atteint 70 %.

Plusieurs facteurs

Opposée à la fluoration de l’eau, la coalition Eau secours! a des réserves quant à l’étude de McGill.

«Oui, le fluor peut être un facteur, mais il y en a d’autres, comme les habitudes alimentaires et le degré d’éducation des parents», souligne la présidente Martine Châtelain.

Selon elle, d’autres mesures devraient davantage être mises de l’avant, comme l’ajout dans la pâte dentifrice ou des capsules de fluorure.

À ce sujet, M. Dolman se dit ouvert aux solutions alternatives, notamment les vernis qu’on installe sur les dents des enfants et des aînés.

Or, malgré une rencontre avec le directeur de la Santé publique récemment, Dr Dolman constate que le dossier stagne.

«Ce sont des solutions innovatrices, pas aussi efficaces que la fluoration de l’eau, mais quand même intéressantes, dit-il. Mais, ça n’a pas l’air d’avoir suscité beaucoup d’intérêt.»