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La proportion d’autochtones dans les prisons a doublé

Cette hausse importante a été constatée sur une période de huit ans

Prison d'Amos
À la prison d’Amos, en Abitibi, la moitié des détenus sont d’origine autochtone.

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ROUYN-NORANDA | La proportion d’autochtones dans les prisons du Québec a doublé depuis huit ans, signe que la violence et la drogue sont toujours bien présentes dans les communautés.

En 2014-2015, les autochtones représentaient 6,8 % de la population carcérale au Québec, alors que cette proportion était de 3,3 % en 2007-2008.

La situation est encore pire dans les pénitenciers fédéraux qui hébergent ceux qui ont perpétré les crimes les plus graves, alors que 12 % des détenus québécois sont autochtones. Or, les citoyens des Premières Nations ne représentent que 1,8 % de la population.

Alarmant

Selon la directrice du Centre d’amitié autochtone de Val-d’Or, Édith Cloutier, ces données sont alarmantes et devraient inciter les gouvernements à investir dans la prévention plutôt que dans la construction de nouvelles prisons.

Prison d'Amos
David Prince

«On ne peut pas régler la problématique seulement en accusant des individus. Il faut aussi se questionner sur les politiques sociales qui ont mené à cette situation et tenter de les régler. Le gouvernement Harper a beaucoup investi dans des peines plus sévères, alors que la prévention aurait sans doute été plus efficace», a-t-elle dit.

Pensionnats autochtones

Selon Mme Cloutier, pour briser le cycle de la violence dans les communautés autochtones, il faut notamment investir dans la prévention dès la petite enfance et auprès des femmes enceintes.

«Ce n’est pas le fardeau des autochtones de dénouer l’impasse. La Loi sur les Indiens est toujours en vigueur. On vit toujours les impacts liés aux pensionnats autochtones. On est dans un racisme qui déborde le simple regard méprisant des non-autochtones envers les autochtones. On est dans une application systémique et qui vise le système de justice et l’administration de la police. La ministre Bennett a confirmé que ce qu’il s’est passé à Val-d’Or avec les femmes autochtones se passe partout au Cana­da», a dit Mme Cloutier.

Trois causes

Dans un rapport commandé par le ministère fédéral de la Sécurité publique, on avance trois causes pour expliquer la surreprésentation des autoch­tones dans les prisons.

Le traitement différent accordé par le système de justice pénale en raison de la différence de culture et de la discrimination raciale, les taux de criminalité plus élevés des autochtones et la perpétration par les autochtones des genres d’infractions qui risquent le plus d’entraîner des peines d’incarcération.

Du phoque en prison

ROUYN-NORANDA | Les autochtones incarcérés dans les prisons du Québec ont droit à plusieurs services qui ne sont pas disponibles pour les autres détenus.

Entre deux et quatre fois par année, des aînés cris et inuits apportent de la nourriture traditionnelle en prison aux autochtones qui sont détenus.

Le menu peut être composé de phoque, d’orignal ou de caribou. La viande sauvage est fournie par les communautés. Des céré­monies traditionnelles sont également célébrées.

D’ailleurs, dans les nouvelles prisons qui sont en train d’être construites à Amos et à Sept-Îles, certaines salles et la cour extérieure serviront à la tenue d’activités traditionnelles.

Un tipi

Selon Alexandra

Paré, du ministère de la Sécurité publique, il n’est pas exclu qu’un tipi puisse être installé par les autochtones dans la cour de l’établissement pour la tenue d’activités traditionnelles.

Les services carcéraux du Québec offrent 16 programmes spécifiques de réhabilitation destinés aux Premières Nations.

Par exemple, on y dispense des formations destinées aux Inuits sur le système de justice dans le Grand Nord, des cours sur la culture traditionnelle autochtone ou de l’art thérapie autoch­tone.