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Le Fonds ouvert

Sur chaque litre d’essence, les Québécois payent 4 sous de plus.
Photo d'Archives Sur chaque litre d’essence, les Québécois payent 4 sous de plus.

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Les exemples d’utilisations surprenantes des énormes sommes qui s’accumulent dans le Fonds vert continuent de meubler l’actualité. Je me permettrai de poser la véritable question: la nouvelle «taxe carbone» que nous payons depuis janvier 2015 était-elle justifiée?

Je note au passage que ce ne sont pas les partis d’opposition qui ont déterré l’affaire, mais Le Journal. Ce n’est pas insignifiant. Depuis des années je suis frustré de voir à quel point l’opposition, tous partis confondus, fait toujours de l’aveuglement lorsqu’il s’agit de gaspillages ou d’absurdités en matière d’environnement. De peur de passer pour des pas assez «VERTS»!

Avez-vous remarqué à quel point cette hausse de taxe fut la moins décriée par l’opposition? Comparons avec des comparables. La taxe santé a été conspuée dès le jour de son annonce, puis attaquée sans cesse. La hausse des tarifs de garde a subi le même sort: dénonciations, critiques, montées aux barricades à l’Assemblée nationale. La taxe carbone: pas un mot.

Des fortunes

Pourtant, les sommes d’argent en cause sont aussi considérables. Sur chaque litre d’essence, les Québécois payent 4 sous de plus. Pour l’année 2015, le Fonds vert a encaissé 830 millions $ à même les crédits de carbone. C’est cinq fois plus que la hausse des tarifs de garderies. Au total, le Fonds vert devrait récolter près de trois milliards et demi d’ici 2020.

De toute évidence, le Fonds vert est devenu un gros tiroir déverrouillé, un bar ouvert pour passer des dépenses encombrantes. L’exemple d’hier est éloquent: utiliser le Fonds vert pour dépêtrer le ministère des Transports de son fardeau de dettes.

Depuis quelques semaines, nous avons vu le Fonds vert aider Air Canada, les oléoducs et les érablières. À Paris, le premier ministre Couillard a annoncé une aide aux efforts environnementaux des pays de l’Afrique francophone, toujours à partir du Fonds vert. L’aide internationale ne semblait pas prévue dans les critères.

Quelle farce de voir le gouvernement annoncer la semaine dernière une révision en profondeur de la gestion du Fonds vert! Doit-on comprendre qu’une immense machine à ramasser l’argent a été créée sans s’assurer de l’utilisation appropriée des sommes? Je ne crois pas cela. Le gouvernement était parfaitement conscient et heureux du flou des critères. C’est pratique d’avoir une caisse ouverte pour signer de beaux chèques dans une année dite d’austérité.

Les environnementalistes ?

Comment expliquer la douceur des environnementalistes? Ils devraient être scandalisés de voir des millions prévus pour la lutte aux changements climatiques être utilisés à d’autres fins. Ils sont trop heureux que le gouvernement du Québec ait imposé cette taxe aux méchants automobilistes. Ils veulent surtout éviter d’attirer des critiques là-dessus.

De toutes les époques, les gouvernements assoiffés d’un accroissement de leurs revenus ont cherché de nouveaux prétextes pour taxer davantage. Une taxe santé, une taxe pour les routes: une justification aide à faire passer la pilule. Avec de bons sondages, on trouve le prétexte à la mode!

Je dois avouer que l’environnement est le meilleur motif de tous les temps pour taxer sans être critiqué. Préparons-nous.