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Allez, on s’en va!

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Pour être franc, j’avais commencé à ramasser mes affaires au retour des Fêtes. Puis, ces dernières semaines, j’ai fini par boucler ma valise: je pars.

Je m’en vais. Je prends officiellement ma retraite du vin. Après trente ans de chroniques, je quitte la scène.

Mes collègues Méchants Raisins m’ont fait la fleur de me garder avec eux à titre de «méchant raisin honoraire», si jamais le mal d’écrire me devenait lancinant.

Je n’abuserai certainement pas de ce privilège. Mais il n’est pas dit non plus que je n’en profiterai pas à l’occasion.

Ce fut une décision difficile à prendre, voire douloureuse, on s’en doute bien. Mais des ennuis de santé ces derniers mois m’ont aidé à trancher, en même temps que l’inéluctabilité du chemin à prendre m’apportait une certaine sérénité.

Une «der» de «der»

Mais comment rédige-t-on une dernière chronique?

En faisant comme si de rien n’était, mais en ajoutant à la toute fin et sans crier gare quelques mots pour dire «chers lecteurs, vous venez de lire ma dernière chronique»?

Ou plutôt en écrivant quelque chose de plus «spécial», où je regarderais un peu le chemin parcouru, mais en évitant le «pathos»?

J’ai choisi la deuxième option.

Je suis arrivé au vin par hasard. L’ai-je déjà dit?

C’était en 1971. Sur le babillard de la salle des nouvelles du Montréal-Matin où je travaillais à l’époque, voilà qu’on affiche une proposition de stage de quatre mois au Centre de Formation des Journalistes de Paris, une école de journalisme reconnue dans toute la francophonie; un de ses plus célèbres étudiants est Bernard Pivot (ça se place toujours bien dans une conversation).

Or, au cours de ce stage, nous avions des travaux à remettre régulièrement et il fallait donc trouver des sujets de reportage.

Notre petit groupe de six jeunes journalistes du Québec propose d’aller faire un reportage sur Bordeaux et son vignoble.

On va aller boire un coup sur le bras, qu’on s’est dit, un peu tapon.

C’est lors de ce voyage, qui était au départ un malentendu puisque nos hôtes bordelais croyaient recevoir des jeunes journalistes du vin, alors que nous étions des jeunes étudiants en journalisme vaguement «hippies», c’est lors de ce voyage, donc, que s’est effectuée ma rencontre du «troisième type» avec le vin.

Pour la première fois de ma vie, je me rendais compte qu’il y avait des différences entre les vins, qu’ils ne goûtaient pas tous la même chose.

Les visites de quelques châteaux du Médoc qui se sont succédé les jours suivants ont achevé ma conversion, si besoin était encore.

Une chronique

Bref, de retour à Montréal, j’ai poussé ma connaissance du vin jusqu’à l’obsession, de telle sorte qu’au printemps 1986, je me sentais assez solide pour proposer une chronique au Journal de Montréal.

Quelque 1500 chroniques plus tard (blogue compris), je boucle la boucle.

Le vin a été le centre d’intérêt de la presque totalité de ma vie d’adulte. Et surtout une grande source d’accomplissement personnel et professionnel.

J’ai trouvé dans le monde du vin un milieu chaud et réconfortant.

À vrai dire, j’y ai découvert le monde entier.

Le vin a été une école de vie qui m’a aidé à prendre la mesure de la personne que j’étais et de faire de moi-même, du moins j’ose le croire, une meilleure personne.

J’ai rencontré dans le monde du vin des sœurs et des frères de passion; je m’y suis fait de véritables amis, j’ai rencontré aussi des collègues, des gens de l’industrie qui, je le dis sans flagornerie, se sont avérés être de véritables professionnels et je leur envoie aujourd’hui la main.

Le monde du vin a été toute ma vie, il en a rempli tous les instants et je sais qu’il m’habitera toujours.

Je salue avec reconnaissance les lecteurs qui m’ont suivi au fil des ans, certains depuis le tout début.

Vous me manquez tous déjà. Mais je sais que d’une manière ou d’une autre on se croisera, on se reverra.

Allez, assez placoté! On s’en va.

Santé, tout le monde!

vin plaisir

Pour offrir ou se faire plaisir

Petite Sirah Foppiano Vineyards 2011, Russian River Valley

★★★ | $$$ ½

Photo courtoisie

Nez un peu sur les épices du bois, bouche ronde et toute pleine de fruits (on pense à notre «cerise à grappes» sauvage). Le bois est présent aussi en bouche, mais il a commencé à se fondre. Riche, généreux, un peu vanillé et chocolaté, très «Nouveau Monde» en fait, le vin n’en demeure pas moins aussi très charmeur. On aura compris que la «petite sirah» (avec un «i») n’a rien à voir avec la «syrah» (avec un «y»).

CODE SAQ : 611780


Correct

★★ Bon

★★★ Très bon

★★★★ Excellent

★★★★★ Exceptionnel

Plus d’étoiles que de dollars: vaut largement son prix.

Autant d’étoiles que de dollars: vaut son prix.

Moins d’étoiles que de dollars: le vin est cher.

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