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Universités bureaucratiques

Universités bureaucratiques

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La journaliste Daphnée Dion-Viens rapportait jeudi que les universités québécoises comptent en 2015 deux fois plus de hauts dirigeants qu’en 2004

On apprend également que de 40 à 50 millions sont dépensés chaque année par les universités québécoises pour produire les innombrables rapports demandés par le ministère de l’éducation et de l’enseignement supérieur.

Pendant ce temps, les ressources du réseau universitaire ont été amputées de plus de trois quart de milliards de dollars.  Postes coupés dans le personnel de première ligne, enflure du nombre de chargés de cours à statut précaire et de plus en plus de postes de professeurs non comblés.

Traduit sur le terrain, cela signifie moins de ressources pour les projets innovateurs d’enseignement et les recherches sur les défis que nous avons à relever comme société.

Moins de ressources pour le lancement de projets de recherche originaux et pour le développement d’activités de formation qui seront en phase avec les besoins des futurs diplômés.

Ce qui fait le succès des universités, ce qui justifie leur existence, c’est leur capacité d’innover.  

La sur-bureaucratisation est en train d’étouffer cette capacité d’innovation.

Au nom d’une soi-disant nécessité de « rendre des comptes » on force les universités à dépenser et gaspiller de plus en plus.

Dépenser de plus en plus pour répondre aux commandes des bureaucrates, pas pour assurer leur mission d'enseignement et de recherche.

Plusieurs observateurs relèvent que la centralisation administrative tend à éloigner les professeurs des véritables décisions. La centralisation administrative induit des dédoublements. Elle multiplie les palliers de contrôle et les activités périphériques aux missions universitaires.

Par exemple,  ces jours-ci à l’Université de Montréal, une grande opération de réflexion sur les meilleures façons de rendre l’expérience étudiante plus intéressante est lancée, gérée par le haut, en marge des instances supposées décider de l'orientation de l'institution. 

Plutôt que de s’appuyer sur les instances décisionnelles dans lesquelles les professeurs exercent un certain leadership, on fait appel à des firmes de consultants !

Plutôt que d’appeler les gens de terrain à se mobiliser, à mobiliser l’extraordinaire bassin d’expertise qui constitue la richesse des universités, on préfère donner de juteux contrats à des prétendus spécialistes de la « gouvernance ».

Dans ce genre d’exercice, pas de remise en question du gaspillage bureaucratique ou des bureaucraties centrales qui cherchent à tout contrôler.  Non, dans ce genre d’exercice, il est surtout question de démanteler les quelques lieux dans lesquels les gens de première ligne ont encore quelque chance de faire valoir les exigences des missions universitaires.

C’est que les universités québécoises sont malades de cette obsession de la « gouvernance » calquée sur celle des entreprises privées. 

Évidemment que les universités, comme toute activité financée par les fonds publics doivent rendre des comptes. 

Mais ces redditions de comptes sont dues au public, pas aux politiciens ou aux fonctionnaires. 

En démocratie, les universités sont l'un des rares lieux encore en mesure de porter un regard critique sur ce que font les gens de pouvoir. Elles doivent demeurer indépendantes de tous ces pouvoirs.

Les universités regroupent des personnes passionnées, compétentes et fortement engagées.  Ce n’est pas en les transformant en bureaucrates qu’on va cultiver leur dynamisme.

Pendant que l’on surmultiplie les cadres pour répondre à toutes sortes de fantaisies bureaucratiques, on manque cruellement de ressources à investir dans l’innovation.

Pour l’heure, une proportion croissante du temps des professeurs d’université est consacré à rédiger des projets de recherche qui sont soumis à des concours supposés financer les excellents projets.  Sauf que dans certains secteurs, le taux de financement effectif des projets ne dépasse pas 30%.

Est-ce qu’il y aurait 70% de projets imaginés et préparés par des incompétents ?  Est-ce qu’une société qui se prétend développée peut, sans conséquences,  jeter au panier 70% des idées visant à mieux comprendre, à innover ?

Une société comme la nôtre ne peut se permettre de gaspiller les énergies de ceux et celles qui sont supposés assurer la formation de la relève et contribuer à innover.

Première urgence, revivifier les lieux au sein desquels professeurs, étudiants et tous ceux qui au jour le jour travaillent à l’Université.  En faire des lieux d’échanges d’idées, des réseaux dans lesquels se connectent les bonnes idées, pas les paperasses...

Vite, moins de bureaucrates et plus de professeurs qui enseignent, innovent  et décident effectivement du devenir de l’institution universitaire.