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Une troisième guerre mondiale?

Russian Prime Minister Dmitry Medvedev attends a United Russia party congress in Moscow, Russia
Photo Reuters Dmitri Medvedev

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Le premier ministre russe, Dmitri Medvedev, évoque le danger d’une troisième guerre mondiale. Selon lui, ce risque est réel si des troupes proaméricaines se présentent au sol en Syrie. Et si ce n’est pas une guerre mondiale, alors il pourrait s’agir d’une guerre extrêmement longue.

L’avertissement de Medvedev n’est-il qu’un argument de négociation destiné à faire reculer les Américains et leurs alliés ou bien cette possibilité est-elle bien réelle?

1. Pourquoi les Russes disent-ils que la guerre serait très longue?

Les arguments de Medvedev sont fondés sur une comparaison avec la situation en Afghanistan et en Libye. La Libye de Kadhafi était stable et sans grand danger pour ses voisins. Les Américains et leurs alliés l’ont attaquée. Elle est aujourd’hui déchirée par une guerre civile que les forces modérées ne semblent pas en mesure de gagner. Le premier ministre russe pense que la Syrie risque de connaître une guerre civile prolongée comme en Libye si jamais le régime de Bachar al-Assad tombe.

2. Pourquoi Medvedev parle-t-il de troisième guerre mondiale?

Une guerre mondiale ne peut survenir que si les grandes puissances se regroupent dans des camps différents. Il faudrait, par exemple, que la Russie, l’Iran et peut-être l’Inde ou la Chine se retrouvent dans un camp, tandis que les États-Unis et leurs alliés habituels seraient dans un autre. Ceci ne pourrait arriver que si des événements très graves forçaient les grandes puissances à bouger dans cette direction. Il est difficile de dire avec certitude quels événements précis pourraient déclencher une troisième guerre mondiale. Medvedev songe-t-il à une riposte de l’armée russe si des troupes américaines foulent le sol syrien? Pourrait-il s’agir d’une invasion turque de la Syrie, suivie d’une demande d’aide turque à l’OTAN?

3. Existe-t-il des précédents?

La troisième guerre mondiale aurait pu être déclenchée à plusieurs reprises pendant la période de la guerre froide. Cependant, les États-Unis et l’Union soviétique ont toujours fait preuve de retenue. Les deux superpuissances n’ont jamais voulu entrer directement en conflit l’une contre l’autre. La crise des missiles de Cuba constitue un exemple de cette retenue.

4. S’agit-il d’un bluff de la part des Russes?

L’intervention des Russes en Syrie a permis au gouvernement de Bachar al-Assad d’espérer une victoire sur l’État islamique ainsi que sur les islamistes qui sont soutenus par les États-Unis. Une intervention massive des États-Unis ou de leurs alliés pourrait renverser le cours de la guerre. Une défaite de Bachar al-Assad serait un revers pour les Russes. Une telle défaite signifierait que leur armement est inférieur à celui des États-Unis. Elle indiquerait qu’une alliance avec eux est bien moins bonne qu’avec les États-Unis. Moscou a donc beaucoup à perdre dans cette guerre. Assez pour menacer les États-Unis de s’en prendre à eux. Il peut s’agir d’un bluff. Mais il n’est pas sans fondement.

5. Que demandent les Russes 

Les Russes veulent revenir à une situation similaire à celle d’avant la guerre. Ils ne tiennent pas à ce que Bachar al-Assad demeure au pouvoir après une victoire. Là-dessus, ils ne sont pas très éloignés des positions américaines. En revanche, nettoyer la Syrie de l’État islamique avant l’Irak placera l’Iran et la Russie en position de force dans la région. Divers pays, comme l’Arabie saoudite, en subiraient les contrecoups. Et les Kurdes de Syrie pourraient obtenir un statut spécial, ce qui déplairait à la Turquie.