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Fugues inévitables?

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Je comprends l’angoisse et le désarroi des parents de jeunes fugueuses de Centre jeunesse, pour les avoir vécus. Un de mes fils a fait un séjour dans un de ces centres... et a fugué.

Quand on se résigne à y placer notre enfant, ce n’est pas pour se débarrasser, mais pour le couper de ses relations toxiques, le saisir, le protéger contre lui-même.

 

Le parent tente de retrouver le ballant. Les centres offrent des formations, des outils: j’y ai rencontré bien des gens aimants, désarçonnés, qui cherchent à casser le cercle vicieux des mauvaises décisions de leur ado: drogue, mensonge, vol, décrochage.

Impulsivité

Quasi tous les jeunes hébergés avec mon fils ont fugué une fois. La plupart, impulsivement, frustrés par une punition. La porte débarrée et la cigarette grillée dehors avec un éducateur favorisent l’escapade.

Mais ils se retrouvent vite à court de toit, de bouffe. Les intervenants et la police ne s’en foutent pas, mais se résignent. Trois jours, une semaine maximum, m’ont-ils prédit. L’enfer pour moi. Une bonne leçon pour lui.

Planification

Dans quelques cas plus inquiétants, le jeune planifie: deux épaisseurs de vêtements, complicités, changement d’apparence. Un trafiquant l’héberge, le nourrit. En échange, le mineur fait la «run de poudre» à sa place, sans risquer le dossier criminel. Les filles se réfugient chez un proxénète qui feint l’amour...

Comment planifient-ils? Grâce aux jeunes de leur unité qui réintègrent l’école, tout en demeurant au Centre. Ils y ramènent des cellulaires, de la drogue, des messages, en échange d’argent, de cigarettes, de vêtements.

J’aurais aimé que les portes du Centre soient barrées, que la cigarette soit interdite ou se fume dans une cour intérieure, qu’on fouille plus, qu’on sépare ceux qui sortent de ceux qui demeurent sur place. Mais cela suffirait-il à contrer le mirage de la liberté? Il faut au moins se le demander.