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Bombardier, une entreprise de moins en moins québécoise

L’annonce de 2400 postes coupés au Québec suit une logique de délocalisation

CSeries BOMBARDIER
Photo Reuters Sur le site de recrutement de Bombardier au Mexique, on comptait mercredi 22 postes affichés.

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QUÉBEC | Pendant que Québec injecte des milliards de dollars de fonds publics dans Bombardier, l’entreprise n’hésite pas à transférer des emplois de son siège social de Montréal à l’étranger, a appris Le Journal.

Mexique, Costa Rica, Inde, Maroc, Roumanie. Au cours des derniers mois, des centaines de postes occupés chez Bombardier par des travailleurs québécois ont été abolis et délocalisés à l’étranger.

Alors qu’il y avait 17 500 emplois au Québec l’automne dernier, l’entreprise n’en compte plus que 16 800 à ce jour, sans tenir compte des 2400 postes coupés mercredi.

Des sources ont indiqué au Journal que Bombardier avait des cibles précises de réduction de postes au cours des prochaines années. «Des tâches qui seront confiées en sous-traitance dans des pays émergents. Des centaines de postes sont à risque au Québec», a-t-on fait savoir.

En décembre dernier, l’avionneur québécois a décidé de transférer un service de comptabilité et de facturation au Costa Rica, abolissant du coup des dizaines de postes en sol québécois.

Bombardier a aussi procédé récemment à une restructuration de ses activités de comptabilité pour certaines activités européennes. Des emplois ont été mutés en Roumanie.

Comptabilité au Mexique?

Et le Mexique? Bombardier nie que son service de la paie de Montréal sera bientôt transféré au Mexique.

Mercredi, pourtant, des postes en comptabilité étaient disponibles chez Bombardier pour ses bureaux de Sahagun (Hidalgo), en sol mexicain. Des aptitudes en anglais et en français étaient recherchées chez les candidats.

«On est en train d’optimiser notre empreinte manufacturière. Certains postes peuvent bouger puisque nous sommes présents dans plusieurs pays», a indiqué au Journal la porte-parole de Bombardier, Isabelle Rondeau.

Selon cette dernière, le Québec demeure une priorité pour Bombardier.

Pourtant, lors de rencontres avec des investisseurs à New York en novembre, le grand patron de Bombardier, Alain Bellemare, avait clairement exprimé son intention de réduire ses coûts d’exploitation en recourant davantage à la délocalisation, sans préciser le nombre d’emplois touchés au Québec.

Au Mexique, par exemple, le coût de la main-d’œuvre demeure bas dans la région de Querétaro. Certains travailleurs gagnent 5 $ de l’heure alors qu’ils sont formés au marché de l’aéronautique par l’université UNAQ de Querétaro. Chaque année, plus de 100 000 ingénieurs mexicains arrivent sur le marché du travail.

2400 postes coupés

Mercredi, Bombardier a annoncé au total 7000 mises à pied dans le monde, dont 2400 au Québec et plus de 1000 en Irlande.

Les employés québécois affectés à la production de la CSeries seront épargnés, alors que leur nombre devrait augmenter au cours des prochaines années.

Selon Dave Chartrand, coordonnateur québécois de l’Association internationale des machinistes, les compressions d’emplois annoncées constituent toutefois une «épée de Damoclès» sur la tête des employés.

Il espère qu’un certain nombre d’employés visés par les suppressions pourront être mutés dans un nouveau poste de production de la CSeries.

Avec la collaboration de l’Agence QMI

Répartitions des 7000 emplois perdus dans le monde

  • Transport 3200
  • Avions d'affaires 500
  • Aérostructures et services d'ingénierie 2500
  • Ingénierie et développement de produits, aéronautique 800

Bombardier au Québec

17 500 - Nombre de postes à l’automne 2015

16 800 - Nombre de postes en février 2016 dont:

  • Division Aéronautique: 15 000
  • Division Transport: 1600
  • Siège social: 200

2400 - Nombre de postes coupés mercredi

Ce qu’ils ont dit

«Les commandes de Série-C sont de plusieurs milliards. Il faut se réjouir de ça. C’est une bonne nouvelle pour le secteur aéronautique.»

– Philippe Couillard, premier ministre du Québec

«C'est invraisemblable. L'État met 1,3 milliard dans une entreprise qui va réduire ses emplois ici.»

– Pierre Karl Péladeau, chef du PQ

«Le projet d'entente qui a été signé par le premier ministre avec Bombardier est une mauvaise entente, ça a été mal négocié.»

– François Legault, chef de la CAQ

«Tout ce que le premier ministre (Trudeau) a à offrir ce sont ses sympathies. Bombardier et ces familles ont besoin d’action, par de phrases creuses.»

– Thomas Mulcair, chef du NPD

«C’est pour cela que nous étudions comment on peut mieux aider dans l’intérêt de l’économie canadienne ce phare de l’industrie aéronautique qu’est Bombardier. Pas seulement pour le Québec, mais pour le Canada en entier.»

– Justin Trudeau, premier ministre du Canada