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Le nom Jutra banni

Patrick Roy et Ségolène Roederer de Québec Cinéma estiment que l’organisme ne pouvait faire autrement devant le sérieux des allégations.
Photo Agence QMI, Maxime Deland Patrick Roy et Ségolène Roederer de Québec Cinéma estiment que l’organisme ne pouvait faire autrement devant le sérieux des allégations.

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La grande fête du cinéma québécois ne portera plus le nom de Soirée des Jutra. Après la publication mercredi du témoignage d’une présumée victime qui vient corroborer les allégations de pédophilie qui pesaient contre le cinéaste Claude Jutra depuis quelques jours, les organisateurs de la remise de prix ont finalement décidé de modifier le nom du gala.

Le gala qui célèbre le meilleur du cinéma québécois depuis 18 ans aura donc un nouveau nom et un nouveau trophée, d’ici sa prochaine édition, qui a lieu dans seulement un mois (le 20 mars).

«Il fallait prendre une décision parce que la situation était intenable pour les gens qui travaillent sur le gala et pour les artistes qui vont y recevoir des prix», a expliqué hier en conférence de presse Ségolène Roederer, la directrice générale de Québec Cinéma (l’organisme qui organise le gala).

Lundi, les gens de Québec Cinéma avaient pourtant choisi de faire preuve de prudence après la sortie d’une biographie d’Yves Lever qui soutenait en quelques pages que Claude Jutra avait eu des relations intimes avec de jeunes garçons.

C’est la publication mardi du témoignage d’une présumée victime du cinéaste dans La Presse+ qui a forcé Québec Cinéma à changer son fusil d’épaule. La personne allègue avoir été agressée dès l’âge de six ans par Claude Jutra, et ce, sur une période de dix ans.

«Le témoignage de cette victime présumée nous a amenés à prendre une décision plus rapidement, a souligné le président du conseil d’administration de Québec Cinéma, Patrick Roy.

«On a vite conclu qu’il fallait poser un geste et changer le nom du gala. C’est une décision qui a été acceptée à l’unanimité par les membres du conseil.»

Que faire maintenant ?

Alors que certains (comme le producteur Roger Frappier) ont suggéré qu’il vaudrait peut-être mieux remettre le gala à plus tard, les gens de Québec Cinéma préfèrent aller de l’avant et maintenir la fête à la date prévue.

«On est bien conscients qu’on est à 35 jours du gala et que c’est énorme de faire un tel changement dans des délais aussi rapprochés, a admis Ségolène Roederer.

«L’important pour le moment est de trouver un nouveau nom pour le gala. Ce sera un nom qui sera provisoire, mais qui pourrait aussi être définitif pour les prochaines années. On va devoir prendre notre décision rapidement, mais on a déjà quelques idées. L’important est que ce prix représente bien la fierté des gens pour le cinéma québécois.»

La ministre de la Culture et des Communications, Hélène David, a salué hier la décision de Québec Cinéma de modifier le nom du gala. Elle a du même souffle invité les organisateurs de la remise de prix à faire preuve de prudence en choisissant le prochain nom du gala.

Sur ce point, les organisateurs ont précisé hier qu’ils n’avaient pas encore décidé si le gala portera le nom d’un autre cinéaste québécois.

Aux Écrans canadiens aussi

Québec Cinéma n’est pas le seul organisme à avoir agi rapidement hier. Le gala des Écrans canadiens a fait savoir hier après-midi que son prix Claude-Jutra, qui récompensait le meilleur premier long métrage canadien de l’année, a aussi été rebaptisé.

«À la lumière des développements récents, l’Académie canadienne du cinéma et de la télévision renommera son prix Claude-Jutra. Nous l’appellerons désormais le prix Écran canadien pour le meilleur premier long métrage», a déclaré le président de l’Académie au National, Martin Katz.

La Cinémathèque québécoise a aussi annoncé hier qu’elle changeait le nom de sa salle Claude-Jutra pour la renommer Salle de projection principale.

Le mythe déboulonné

Peut-on dissocier l’homme de son œuvre? C’est une question qui a souvent été posée dans le passé, relativement à des actes monstrueux commis par de grands artistes comme Woody Allen, Roman Polanski ou Louis-Ferdinand Céline.

La question est inévitablement revenue sur le tapis hier alors que le cinéaste québécois Claude Jutra est passé de héros à zéro en l’espace de quelques jours à la suite des allégations de pédophilie qui pèsent contre lui.

«Quand on regarde dans l’histoire, on constate que pour le bien de l’art, on est souvent en mesure de dissocier l’homme de l’œuvre, a souligné la directrice générale de Québec Cinéma, Ségolène Roederer.

«Mais dans le cas qui nous concerne aujourd’hui, on parle d’un trophée qui portait le nom de quelqu’un. C’était donc problématique.

«Rien ne nous empêche de réexpliquer pourquoi ces prix ont été créés il y a 18 ans au nom de Claude Jutra et rien ne nous empêche de parler de son œuvre. Mais là, pour le nom des trophées et du gala qui portait son nom, on devait prendre une décision rapidement.»

L’œuvre demeure

Le directeur général de la Cinémathèque québécoise, Marcel Jean, a tenu quant à lui à insister sur le fait qu’en prenant la décision de changer le nom de sa salle Claude-Jutra, l’établissement ne reniait pas pour autant l’œuvre de Jutra.

«Pour nous, à la Cinémathèque, cette triste histoire ne change rien à l’œuvre de Jutra. Mon oncle Antoine et À tout prendre demeurent les œuvres importantes qu’elles ont toujours été.

«Mais en tant qu’institution qui a mis ce nom en valeur, on porte une responsabilité et il était important pour nous d’assumer cette responsabilité en agissant de façon à ne pas blesser davantage cette présumée victime pour qui nous avons beaucoup de tristesse et de compassion.»

 

Ce qu’ils ont dit

 

Patrick Roy et Ségolène Roederer de Québec Cinéma estiment que l’organisme ne pouvait faire autrement devant le sérieux des allégations.
Photo d'archives

« Élever des gens d’influence au statut de demi-dieu, taire leurs vices pour continuer de faire briller leurs accomplissements ? #Jutra »

- Karine Vanasse sur Twitter

 

Patrick Roy et Ségolène Roederer de Québec Cinéma estiment que l’organisme ne pouvait faire autrement devant le sérieux des allégations.
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« Une victime de Jutra témoigne. 6 ans... Merci à vous, cher monsieur, après tant d’années, de nous illustrer le calvaire que vous avez vécu. Un exercice extrêmement difficile, mais maintenant, personne ne pourra plus tourner la tête. #plusdexcuse. Bon courage. »

- Mitsou sur sa page Facebook

 

Patrick Roy et Ségolène Roederer de Québec Cinéma estiment que l’organisme ne pouvait faire autrement devant le sérieux des allégations.
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« C’est comme un cauchemar. Non seulement il a été mon professeur, il fut mon mentor. Comment je n’ai pas vu ça ? »

- Normand Brathwaite à l’émission de Benoit Dutrizac au 98,5

 

Patrick Roy et Ségolène Roederer de Québec Cinéma estiment que l’organisme ne pouvait faire autrement devant le sérieux des allégations.
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« La ministre David a pris la bonne décision et rapidement. Si triste dénouement. »

- Claude Fournier sur Twitter

 

Patrick Roy et Ségolène Roederer de Québec Cinéma estiment que l’organisme ne pouvait faire autrement devant le sérieux des allégations.
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« Si une ou des victimes réussissent à trouver un peu de paix avec la sortie de cette nouvelle, ça aura valu la peine. »

- Fabien Cloutier sur Twitter

 

Patrick Roy et Ségolène Roederer de Québec Cinéma estiment que l’organisme ne pouvait faire autrement devant le sérieux des allégations.
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« Est-ce qu’on fait la même chose avec Woody Allen quand il sort un film et qu’il a commis le même genre d’actes avec des enfants qu’il a adoptés ? [...] C’est deux poids, deux mesures. »

- Mario Saint-Amand à l’émission de Benoit Dutrizac au 98,5

 

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