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Encore une bêtise du pape

Pope Francis smiles upon arriving at the border between Mexico and the U.S., before celebrating mass in Ciudad Juarez
Photo REUTERS

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Nous savons tous au Québec que le ciel est bleu et que l’enfer est rouge, comme se plaisaient à le répéter en chaire les curés dantan. Comprenez, pour ceux qui ne sont pas familiers avec cette époque, que les conservateurs sont bleus et que les libéraux sont rouges. Les curés ne pouvaient pas aller beaucoup plus loin, de crainte de franchir en public la frontière qui sépare l’État et la religion. C’est pourtant cette frontière que le pape vient allègrement de franchir en annonçant au monde que Donald Trump n’est pas un chrétien, en raison de ses positions sur l’immigration.

La question n’est pas d’avoir ou non des sympathies pour Donald Trump. La difficulté n’est pas que les positions de Trump sur l’immigration sont folichonnes. Le problème est que le pape vient de s’inviter directement dans la campagne électorale d’un pays démocratique en décrétant qu’un des candidats n’est pas un chrétien. Pour beaucoup d’électeurs américains, cette déclaration n’aura aucun impact. Mais pour bien des électeurs du «bible belt», qui sont si facilement impressionnables, pour ne pas dire manipulables, la déclaration du pape constitue un retentissant appel à ne pas voter pour Donald Trump.

Tant mieux, diront tous ceux qui sont contre Donald Trump. Répétons-le, ce n’est pas tant Donald Trump qui est attaqué ici que l’indépendance du processus électoral - pour ce qui en reste. Combien vaut une publicité du pape dans une campagne électorale? Surtout dans le contexte des primaires qui se tiennent en ce moment dans les très pieux États du sud des États-Unis, une telle déclaration pourrait donner à Ted Cruz une avance insurmontable. Le pape va-t-il aussi émettre une opinion sur Ted Cruz et déclarer que le bonhomme est un dangereux fondamentaliste religieux? Est-ce le début d’un nouvel interventionnisme papal dans le domaine temporel?

Le pape aurait mieux fait de se taire, de parler d’immigration en termes généraux ou de simplement commenter sur les sujets où l’Église catholique erre depuis de siècles, soit la contraception et l’avortement. Remarquez que sur la contraception il semble y avoir une évolution. Le très Saint-Père, qui est réputé n’avoir jamais baisé de sa vie, avance que la contraception pourrait être permise dans certaines circonstances qui sont graves. Sinon, selon le pape, il faut toujours essayer de faire des enfants lors des rapports charnels. On voit bien que ce n’est pas lui qui élève les enfants. Oh la niaise stupidité des puceaux! Au moins la controverse avec Trump aura permis une minuscule évolution de la savante et profonde pensée de l’Église et en la matière.

 Bref, le pape ne devrait ni se mêler de problèmes de contraception ni se mêler de problèmes d’élections dans les pays démocratiques. La séparation entre la religion et l’État est indispensable au bonheur des peuples. Si le pape a du mal à comprendre pourquoi, qu’il regarde du côté du Proche et du Moyen-Orient. 

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