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Intervention turque en Syrie: «risque de guerre» avec la Russie, prévient Hollande

Intervention turque en Syrie: «risque de guerre» avec la Russie, prévient Hollande
AFP

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Paris - Le président français François Hollande a estimé vendredi qu’il existait un «risque de guerre» entre la Turquie et la Russie du fait de l’implication turque en Syrie.

«La Turquie est impliquée en Syrie (...) Là, il y a un risque de guerre (avec la Russie) et c’est pourquoi le conseil de sécurité (de l’ONU) se réunit en ce moment», a-t-il dit sur France Inter.

Le Conseil de sécurité saisi

Le Conseil de sécurité de l’ONU se réunira en consultations à huis clos vendredi à 15 h 00 (20 h 00 GMT) pour discuter du conflit syrien, ont indiqué des diplomates.

Cette réunion d’urgence a été demandée par la Russie qui dit s’inquiéter «des projets de la Turquie d’envoyer des troupes en Syrie».

Dans une note adressée à la présidence du Conseil, assurée en février par le Venezuela, la Russie se déclare «très inquiète de l’escalade à la frontière turco-syrienne et des projets annoncés par la Turquie d’envoyer des troupes en Syrie».

Le ministère russe des Affaires étrangères avait auparavant annoncé que Moscou voulait soumettre à cette occasion à ses partenaires «un projet de résolution appelant à mettre fin à toutes les actions qui sapent la souveraineté et l’intégrité territoriale de la Syrie».

La Turquie a plaidé mardi pour une intervention militaire terrestre de la coalition internationale en Syrie, rendant encore un peu plus improbable la perspective d’une trêve dans les combats. Pour l’instant, la coalition ne mène que des raids aériens visant le groupe jihadiste État islamique.

La Russie avait déjà provoqué mardi une réunion des ambassadeurs des 15 pays membres du Conseil pour évoquer des tirs d’artillerie turcs contre des milices kurdes dans le nord de la Syrie.

Le Conseil n’avait publié à cette occasion aucune déclaration formelle. Mais à l’issue de la réunion à huis clos, l’ambassadeur vénézuélien Rafael Ramirez avait fait état d’une "inquiétude" de ses membres face aux activités militaires turques.

Les relations sont tendues depuis plusieurs mois entre Moscou, qui appuie militairement le régime syrien, et Ankara, qui soutient l’opposition syrienne.
 

Questions autour de l'implication des milices kurdes

L’empressement de la Turquie à mettre en cause les milices kurdes de Syrie pour l’attentat à la voiture piégée meurtrier d’Ankara suscite questions et scepticisme, notamment de la part des États-Unis qui les soutiennent.

Quelques heures ont suffi pour désigner un coupable. Dès jeudi matin, les autorités turques ont assuré que l’attaque avait été planifiée par les Unités de protection du peuple (YPG), avec le soutien logistique des rebelles du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK).

Le chef du Parti de l’union démocratique (PYD), dont les YPG sont le bras armé, Saleh Muslim, a catégoriquement nié.

Mais M. Erdogan a balayé ses dénégations d’un revers de main. «Qui était le kamikaze? Bien sûr qu’il était des YPG», a-t-il insisté vendredi, «nous n’avons aucun doute».

Un groupe kurde proche du PKK, les Faucons de la liberté du Kurdistan (TAK), a toutefois revendiqué vendredi soir avoir commis l’attentat d’Ankara en représailles à la mort de civils tués par l’armée turque lors de ses opérations contre les rebelles dans le sud-est du pays.

Le gouvernement islamoconservateur de la Turquie a pointé du doigt les milices kurdes de Syrie au moment où son artillerie pilonne leurs positions en Syrie. Les YPG ont profité de l’offensive du régime de Damas et de son allié russe sur la ville d’Alep (nord) pour prendre le contrôle de nouveaux territoires non loin de la frontière de la Turquie.

Ankara considère les YPG et le PYD comme des groupes "terroristes", car liés au PKK qui mène une rébellion meurtrière sur son sol depuis 1984.

La progression des combattants kurdes inquiète la Turquie à double titre. D’abord parce qu’elle menace de couper le cordon ombilical qui la relie aux rebelles syriens qu’elle soutient contre le président Bachar al-Assad. Ensuite, car elle risque de consacrer la toute-puissance kurde tout au long de sa frontière avec la Syrie.

Dans ce contexte, la mise en cause des milices kurdes suscite de nombreuses questions.

Selon un diplomate occidental, le ministère turc des Affaires étrangères n’a pas dévoilé de «preuve solide» d’une implication kurde dans l’attentat aux représentants des cinq pays membres du Conseil de sécurité de l’ONU qu’il avait invités jeudi.

«L’implication du PYD est très improbable», tranche Ege Seckin, analyste à IHS Country Risk. Elle «mettrait en péril sa capacité à contrôler les territoires qu’elle a récemment acquis» et «en danger le soutien qu’il reçoit des États-Unis», plaide-t-il.

Les États-Unis soutiennent militairement les YPG, en première ligne du combat contre le groupe État islamique. Une position qui suscite des tensions avec Ankara et que M. Erdogan a assimilée vendredi à de «l’obstination».

Mais le président turc a peu de chances de faire fléchir son allié américain.

«L’attentat (d’Ankara) accroît les tensions entre les États-Unis et la Turquie», confirme Max Abrams, professeur à la Northeastern University de Boston. Mais Washington «n’a pas d’autre choix que de collaborer avec les YPG en Syrie, car il n’existe pas d’autres forces crédibles sur le terrain», ajoute-t-il.

Pour d’autres, les accusations turques permettent également à Ankara de promouvoir auprès de ses alliés l’idée d’une intervention au sol qui viserait non seulement les jihadistes, mais aussi les milices kurdes et le régime de Damas, sa bête noire.

Les dirigeants turcs ont évoqué clairement ce scénario. "Une opération terrestre maintenant !", a titré vendredi l’éditorial du très en cour quotidien Sabah.

Mais là encore, il y a peu de chances que les Américains, très réticents, donnent leur feu vert à l’entrée de troupes turques en Syrie, notamment pour éviter une confrontation avec la Russie qui soutient le régime de Damas.

«La Turquie mène déjà une opération secrète en Syrie», note Nihat Ali Ozcan, du centre d’études Tepav d’Ankara, «et il n’est pas possible de la transformer en opération officielle sans le soutien de ses alliés, dont les États-Unis».

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