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La déchéance de Lise Payette

La déchéance de Lise Payette

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Mes proches ainsi que mes collègues savent que je n’aime pas le personnage public appelé Lise Payette.

Un jour, je vous raconterai comment la féministe en chef du Québec m’a humiliée, en ondes, devant tout le Canada, en m’accusant d’avoir sacrifié mon premier mariage à ma carrière. Mais ce n’est pas le sujet du jour.

Pas plus que son féminisme revanchard dépassé mais dangereux qui repousse les jeunes femmes qui ne s’y reconnaissent pas, même si la jeune gauche la vénère. Oublions son nationalisme à la sauce identitaire et le plus grand faux pas de sa vie publique, les Yvette.

Aujourd’hui, je m’attarde sur son étonnante chronique de ce matin dans Le Devoir sur l’affaire Claude Jutra.

Claude Jutra était mon ami, fait passer les commentaires du comédien Marc Béland chez Anne-Marie Dussault pour de la p’tite bière d’épinette frette, sans plus.

Quand j’ai lu «Pas question d’une exécution sommaire à l’aube pour quelqu’un d’aussi intelligent que Claude Jutra» au début du texte, je me suis précipitée pour voir la date de parution.

Peut-être avait-elle écrit cela avant que Jean, animé d’un courage extrême, ne raconte ce que Jutra lui a fait subir de 6 ans à 16 ans, mais non. Le texte porte la date d’aujourd’hui, vendredi 19 février 2016. Elle savait tout ce que tous savent quand elle l’a écrit.

Par où commencer?

Pour débuter, j’aimerais bien savoir ce que l’intelligence vient faire dans cette histoire. Les historiens disent qu’Hitler, Staline et Pol Pot étaient plus intelligents que la moyenne... L’intelligence a peu d’influence sur les mœurs et ne réduit en rien la gravité d’un crime.

Au terme de ma troisième lecture, j’ai compris que madame Payette noyait, sciemment ou non, le poisson en liant la répression dont les homosexuels, incluant son ami Raynald qui s’est suicidé à 18 ans, étaient victimes dans les années 50, et le scandale de 2016 qui éclabousse la mémoire de Claude Jutra.

Elle écrit:

«Claude Jutra m’a aidé à comprendre ce qu’il vivait. Quand je lui ai parlé de Raynald, il m’a dit qu’on allait probablement découvrir avec le temps que l’homosexualité était une sexualité “normale” pour une partie de la population et qu’il faudrait bien un jour le reconnaître.

La seule fois où il a parlé d’enfants, ça a été pour dire qu’il aurait souhaité être un père de famille pour donner à ses enfants ce qu’il avait reçu de ses parents. Il m’avait même annoncé que l’on connaîtrait un jour le phénomène des mères porteuses et des méthodes à inventer pour l’insémination de ces mères. C’était un cours de médecine fort intéressant.

Chaque fois que j’entendrai son nom, je me lèverai pour saluer sa mémoire. L’exécution à l’aube a eu lieu il y a 30 ans. Peut-être qu’on devrait laisser les morts reposer en paix. Les homosexuels ont gagné le droit de s’unir entre eux et même d’adopter des enfants. C’est plus civilisé que les condamnations d’autrefois».

Pas un mot sur Jean, sur les autres victimes, pas de questionnement sur la frontière entre l’artiste et l’homme, seulement un magistral coup de brosse à reluire au nom d’une amitié ancienne.

Pire: elle lie homosexualité et pédophilie, un amalgame que la majorité des homosexuels dénoncent. Elle ne peut l’ignorer. Seuls les pédophiles militants font le lien parce que cela sert leurs intérêts. Pour eux, les homosexuels ne seront jamais complètement libres tant que l’amour physique avec de jeunes garçons, voire des enfants, sera illégal. Ils se sentent réprimés parce que la révolution sexuelle est passée à côté de leurs désirs. Ils se sentent persécutés en tant que «minorité sexuelle».

Ils préfèrent aussi passer sous silence que la majorité des pédophiles sont des hétérosexuels en couple.

Pas d’accusations

Je suis persuadée que madame Payette n’approuve pas la pédophilie, mais sa réflexion ce matin, ancrée dans l’idéologie libertaire des années 60, sent le déculpabilisant à plein nez et enterre, sous le vernis d’une amitié touchante, un débat vital sur la compassion, la responsabilité des adultes face aux enfants ainsi que les silences coupables de ceux et celles «qui savaient» et qui n’ont rien dit pendant toutes ces années.

Claude Jutra était-il un monstre? Je ne sais pas. Probablement pas. Mais il a posé des gestes monstrueux et créé des victimes innocentes dont au moins une a vu sa vie démolie par le pédophile qu’il était. Il y aurait d’autres jeunes victimes, selon le biographe Yves Lever.

Comment peut-elle ne pas tenir compte des victimes?

Je pensais que madame Payette avait atteint le fond du baril pendant la campagne électorale fédérale quand elle avait dit «on encourage les femmes à rester au foyer, à élever des enfants... On encourage tout ce qui est traditionnel chez les Canadiens anglais, mais ça ne concerne pas beaucoup les femmes du Québec». Ce mépris pour les femmes qui choisissent de se consacrer à leur famille n’avait rien de très féministe, selon la femme que je suis et qui continue de croire que la plus grande victoire du féminisme a été de donner aux femmes le droit de choisir ce qui leur convient.

Pas plus que sa défense de Claude Jutra ce matin est humaniste.