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Anticosti et le paradis

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Leçon d’écologie 101, servie à bord d’un canot de mer, sur les eaux noires de la baie James, en route vers ce que mon hôte, James Bobbish, décrivait comme «le paradis sur Terre des chasseurs et des pêcheurs»: la pointe Louis XlV, à la limite sud de la baie d’Hudson, près de l’embouchure de la rivière au Phoque.

Après 10 heures de canot, trempé et transi, je n’avais qu’une question: pourquoi ne pas avoir construit votre village plus près? Bobbish me regarde comme on regarde un demeuré: «Si on vivait là-haut, l’endroit ne serait plus sauvage et ce ne serait plus un paradis...»

Quand les Blancs investissent un territoire, ils l’aménagent. Défrichent, coupent les arbres, font des clôtures, des routes, des parkings. Les Indiens, non. «Quand un site nous convient, on essaie de le garder intact.»

Travaux de pharaon

L’Amérique, le Canada, le Québec tels qu’ils étaient ne subsistent plus que dans des récits héroïques et de vieilles photos floues – forêts de pins géants, chûtes sauvages, pêches miraculeuses, vols de tourtes si denses qu’on les tuait à coups de bâton, nuits noires.

Aujourd’hui, on harnache la Romai­ne, on détourne l’Eastmain, des travaux pharaoniques. Certes, on a appris à mieux gérer la ressource, à tendre au développement durable. Mais quand même...

Il me semble que vouloir préserver un territoire – une grande île, en marge de la carte – comme un témoin de ce que la planète Terre devient lorsqu’elle est laissée à elle-même, est plus qu’une idée saugrenue de rêveur écolo.

Capsule de paradis

Je suis convaincu que si Philippe Couillard n’était pas le premier ministre, libéral et fédéraliste de surcroît, les Québécois applaudiraient plus volontiers sa décision de protéger l’île d’Anticosti contre la prospection pétrolière.

C’est parce que nous sommes en 2016 et que nous commençons à comprendre la sagesse de ces «sauvages» qui ont connu le paradis...