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Austérité, quand tu nous tiens...

Coupures dans les CPE - une victime parmi d'autres des compressions budgétaires.
Camille Gaior/24H Coupures dans les CPE - une victime parmi d'autres des compressions budgétaires.

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Après deux ans d’austérité budgétaire, le 28 janvier dernier, le premier ministre promettait aux Québécois des eaux plus «tranquilles» et un gouvernement plus «empathique».

L’avez-vous cru? Le doute est en effet de mise.

Car dans les faits, il n’y a pas une journée qui passe, ou presque, sans reportages sur les effets réels des compressions sur tel ou tel service public. Y compris auprès des personnes les plus vulnérables.

D’où la «semaine nationale» d’actions contre les mesures d’austérité du gouvernement de Philippe Couillard. La semaine est organisée par la Coalition opposée à la tarification et à la privatisation des services publics ou dite, Coalition Main rouge.

Lancée hier, la Coalition prévoit une quarantaine d’«actions dérangeantes» à travers le Québec.

Refusant de se contenter d'une simple «opposition» à l’austérité, la Coalition proposera aussi «des solutions fiscales» qui «permettraient au gouvernement de puiser des fonds de 10 milliards $ pour réinvestir dans le filet social»

Cité dans l’Actualité, Joël Pedneault, porte-parole de la Coalition Main rouge, suggère au gouvernement de se concentrer sur la colonne des «revenus» et non seulement celle des «dépenses».

Sur son site web, la Coalition revendique plus précisément que «le gouvernement adopte des mesures fiscales précises telles que :

• Réinstaurer la taxe sur le capital pour les banques
• Augmenter les impôts des grandes entreprises au lieu de les diminuer encore
• Revoir la fiscalité des particuliers : augmenter le nombre de paliers d’imposition pour assurer une réelle progressivité de l’impôt et une plus grande contribution des plus riches et imposer davantage les dividendes et les gains en capital, au même titre que les revenus de travail
• Lutter plus activement contre l’évasion fiscale
« Ce sont des milliards de dollars qui dorment actuellement dans les coffres des grandes entreprises et des très riches, et qui permettraient à l’État de réinvestir dans les hôpitaux, les écoles, les services sociaux, les programmes sociaux et plus encore. Le gouvernement doit aller chercher l’argent là où il y en a vraiment, pas dans les poches d’une population déjà prise à la gorge », conclut Joël Pedneault.»

 

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Nuisible à l’activité économique

De plus en plus et depuis quelques années déjà, l’austérité est en fait dénoncée à travers l’Occident tout entier.

Même Justin Trudeau et le Parti libéral du Canada y tournaient le dos en 2015 dès les débuts de la dernière campagne électorale. (On apprenait d'ailleurs que le premier budget du gouvernement sera présenté le 22 mars prochain.)

Ce lundi matin, dans un forum pré-budgétaire, le ministre fédéral des Finances, Bill Morneau, soulignait d'ailleurs que «c'est le moment d'agir» pour combattre les «inégalités» croissantes au Canada. Donc, puisqu'il le faut, de ne pas craindre les déficits budgétaires lorsqu'ils servent à «investir» pour stimuler l'activité économique et une meilleure répartition de la richesse.

L'économie, notait-il, ne «fonctionne plus» pour la classe moyenne, ni pour les personnes les plus vulnérables.

De l'autre côté de l'Atlantique, en 2014, Catherine Mann, l'économiste en chef de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), s'ajoutait déjà aux nombreuses voix appelant l’Europe à mettre la pédale douce sur les politiques d’austérité. Des politiques jugées comme étant particulièrement nuisibles à l’économie. Rappelons aussi que l’OCDE n’est PAS un repaire de socialistes... bien au contraire.

Eh oui. 2014. La même année où Philippe Couillard prenait le pouvoir...

La semaine dernière, Catherine Mann revenait à la charge : «Les pouvoirs publics doivent renforcer leur action collective de toute urgence en recourant davantage à la politique budgétaire et aux politiques structurelles propices à la croissance, afin de dynamiser l’expansion économique et réduire les risques financiers.»

Traduction : les gouvernements ont un rôle important à jouer dans l’économie.

Du moins, j’ajouterais, lorsqu’ils souhaitent vraiment contribuer à la relance nécessaire de l'économie. Ce qui, à sa face même, n’est malheureusement pas le cas pour le gouvernement Couillard.

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Dénoncer et proposer

Au Québec, une autre initiative visant à dénoncer l’austérité tout en proposant des mesures concrètes pour protéger les services publics et encourager une plus grande équité sociale voyait le jour la semaine dernière.

L’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS) lance en effet un nouveau projet prometteur. (L’IRIS est un institut renommé de recherche «sans but lucratif, indépendant et progressiste».)

Sur son site web, les chercheurs de l’IRIS présentent leur projet en ces termes :

«S’opposer à l’austérité n’est pas selon nous suffisant, il faut faire plus ! Des alternatives socioéconomiques doivent être formulées. À l’IRIS, nous voulons combler ce vide en publiant une étude sur les chantiers prioritaires qu’un gouvernement anti-austérité devrait mettre en branle : transition écologique, lutte aux inégalités, développement régional, etc. Ce que nous visons, c’est de préparer un outil qui vous sera utile dans vos mobilisations et pour convaincre vos proches. Le tout, avec la rigueur et le sérieux qui caractérisent les travaux de l’IRIS.»

À suivre...