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Jutra et "le coup de l'émotion"

Jutra et "le coup de l'émotion"
Photo courtoisie, Radio-Canada

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Marc Béland s’excuse à TLMEP. Quand il a tenu des propos inacceptables avec Anne-Marie Dussault, il était «sous le coup de l’émotion».

Brian Myles (qui n’a retourné aucun de mes appels vendredi mais qui accourt quand Radio-Canada l’appelle) a expliqué à Alain Gravel ce matin que la chronique confuse et incompréhensible de Lise Payette avait été écrite «sous le coup de l’émotion».

Ah, l’émotion, ça excuse tellement de choses. C’est si beau, cette excuse dont bénéficient les intouchables. Ils n’ont qu’à dire qu’ils sont de grands émotifs et on devrait leur donner le bon Dieu sans confession.

Mais n’était-ce pas le rôle de Mme Payette d’écrire un texte après avoir mûrement réfléchi ? Sur Twitter, en 140 caractères, on réagit peut-être sous le coup de l’émotion, on appuie sur «publier» et la seconde d’après on s’en mord les doigts.

Mais pas une chronique de 600 mots, qu’on envoie à un journal d’idées, et qui passe (normalement) par les différentes étapes de publication.

Marc Béland justifie sa sortie à 24/60 par le fait qu’on lui a remis à la dernière minute trois feuilles brochées ensemble contenant des accusations graves sur son ami et qu’il a réagi à froid.

Désolée, mais le texte sur Jutra est paru samedi dans La Presse +. Béland était interviewé le mardi. Il a eu 72 heures pour absorber le choc, réfléchir à ce qu’il allait dire, retourner dans ses souvenirs. Soixante-douze heures pour penser aux victimes potentielles, évoquées dans le texte de samedi de La Presse.

Pourquoi a-t-il accepté l’invitation de Dussault, s’il ne savait pas de quoi il s’agissait ? Coup de l’émotion ou manque de jugement ?

Parlant de cette fameuse émotion, on a eu le droit à tout un délire émotif dimanche à Culture Club, l’émission de René Homier-Roy.

Il a commencé par féliciter Marc Béland pour sa sortie à 24/60 (alors que Béland lui-même admettait qu’il était allé trop loin). «J’ai beaucoup apprécié l’extrême sincérité de Marc Béland», a-t-il dit d’emblée.

René Daniel Dubois a renchéri en disant que quand il avait appris la nouvelle (la pédophilie de Jutra) sa première pensée avait été ... pour Marc Béland. Pas pour les victimes alléguées, pas pour les vies détruites.  Et il a qualifié le texte de Patrick Lagacé, dans lequel le chroniqueur critiquait la sortie de Béland,  de «vomissable», alors que Lagacé n’a fait qu’exprimer ce que la majorité de la population pense au sujet de Béland.

Rafaële Germain opinait du bonnet : « Je comprends Marc Béland très très bien. » Elle comprend parfaitement que Marc Béland ait dit «  Ça ne regarde personne jusqu’à temps qu’il y ait quelqu’un qui dénonce s’il a été abusé ou non. » ????

Puis René-Daniel Dubois et Rafaële Germain ont commencé à dénoncer «le lynchage médiatique» contre le pauvre Claude Jutra. « Le voilà assassiné sur la place publique », «une chasse aux sorcières», «le power trip d’une gang de chiens enragés qui n’ont pas fini de japper». Il se dégage de tout ça «une odeur nauséabonde de rectitude politique» a même osé dire Rafaële Germain au sujet des articles et commentaires dénonçant Jutra.

À un moment donné pendant cette chiure verbale, j’ai entendu le mot indécent. Ha, ha, je me suis dit, enfin ces trois enflammés dénoncent les gestes indécents de Claude Jutra sur un petit garçon de 6 ans... Mais non, René Homier-Roy qualifiait d’indécent ... le comportement de la ministre David et des maires qui ont retiré le nom de Claude-Jutra de l’espace public.

Ça c’est indécent, mais pas un mot pour dénoncer l’indécence de Jutra ! Vous vous moquez de nous ou quoi ?

René Homier-Roy rejette du revers de la main les témoignages inclus dans le livre de Yves Lever, le témoignage de Jean, le témoignage de Bernard Dansereau en affirmant : « Ce ne sont pas des faits, ce ne sont que des impressions ».

Jean a l’Impression qu’il a été violenté pendant 10 ans ? Bernard Dansereau a l’impression que son parrain s’est glissé dans son lit pour avoir une relation sexuelle avec lui ?

René-Daniel Dubois affirme qu’il connaît des propriétaires de restaurant qui contournent des lois, et des entrepreneurs qui contournent des lois. Mais jamais d’artistes qui contournent les lois.

Les artistes québécois pour la plupart sont «bien fins», dit-il.

Écoutez ce segment. Vous allez grimper au rideau. Mais surtout, ne vous laissez pas emporter «sous le coup de l’émotion».

 

 

AJOUT: RHR s'est "excusé"