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Aucune plainte retenue contre son agresseur

Elle dit avoir été agressée par un artiste il y a 37 ans

Depuis deux ans, Diane Langevin est suivie par un psychologue à ses frais.
Photo Le Journal de Québec, Didier Debusschère Depuis deux ans, Diane Langevin est suivie par un psychologue à ses frais.

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Une femme qui dit avoir été violée il y a 37 ans par une vedette du monde du spectacle québécois déplore avoir été prise pour «une menteuse» par les policiers et regrette que les artistes aient une immunité que les simples citoyens n’ont pas.

Agressée sexuellement par un artiste il y a 37 ans, Diane Langevin a vu ses démons ressurgir il y a deux ans lorsqu’elle a vu son agresseur en entrevue à la télévision. En 1979, la femme de 23 ans habitait Port-Cartier lorsque le groupe de son présumé agresseur est venu donner un spectacle à Sept-Îles.

Profitant d’une connaissance, Diane a eu accès aux artistes et s’est rendue dans la chambre d’hôtel du groupe en compagnie d'une amie, où elle admet avoir d’abord eu une relation sexuelle consentante avec le partenaire de son agresseur. «On a fait ce qu’on avait à faire et je me suis rhabillée.» C’est au moment de partir que son agresseur l’aurait jetée sur le lit.

«Il m’a retournée, il m’a tenu les bras dans les airs, je pesais peut-être 100 livres et, lui, c’était un homme. Il a baissé mon pantalon, il était enragé, son partenaire disait: “Lâche-la”, mais j’ai l’impression qu’il avait peur de lui parce qu’il y allait aux toasts», raconte-t-elle submergée de pleurs et de colère.

Silence de 35 ans

Malgré le viol, Diane a été incapable de dénoncer l’artiste. «J’ai pleuré et je me suis dit: “Je vais me taire à jamais parce que je n’ai pas de crédibilité face à lui”», raconte celle qui avait «honte». Elle a ainsi enterré son drame jusqu’à ce que celui-ci lui explose au visage alors qu’elle écoutait la télévision en 2014.

«Il disait qu’il fallait être heureux dans la vie, que la vie était belle et qu’il ne fallait pas perdre de temps, relate la dame dans un sanglot incontrôlable, à partir de ce moment-là tout est sorti.»

«C’est un stress post-traumatique authentique, c’est un stresseur qui est réactivé», explique son avocat Marc Bellemare qui l’assiste dans ses démarches.

Pas d’accusation

Elle a donc déposé une plainte à la police et contacté l’IVAC pour obtenir de l’aide, mais aucune accusation n’a été déposée. «Je suis prise pour une menteuse, menteuse à l’IVAC, menteuse à la Sûreté», déplore celle qui a senti que l’agresseur bénéficiait d’un statut différent. «C’est comme si ça aurait été plus facile si c’était le voisin.»

Le scandale Claude Jutra a toutefois donné le courage à la dame de faire une sortie à visage découvert. «Avec l’histoire Jutra, on a fait un progrès parce que la victime a été crue socialement», estime Marc Bellemare.

«C’est à me demander s’il faut que j’attende qu’il meure comme Jutra pour le dénoncer. Ça va prendre 24 heures pour que le monde me croie», s’insurge Diane Langevin au terme d’une difficile confession publique.