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La loi de l'omertà à la prison de Sherbrooke

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SHERBROOKE – La direction du centre de détention de Sherbrooke somme ses fonctionnaires de garder le silence sous peine de congédiement. Cette directive a été acheminée à tous les employés au lendemain où TVA Nouvelles diffusait l'histoire de deux agentes correctionnelles qui auraient été victimes de harcèlement pendant plusieurs années.

Cette note de service de deux pages, dont TVA Nouvelles a obtenu copie, a été envoyée à tout le personnel de la prison le 11 février après les révélations de deux cas présumés d'agentes correctionnelles victimes d'intimidation à répétition par six collègues. Casiers souillés par des excréments, écrous dévissés à deux reprises: la liste des actes répréhensibles est longue.

La directrice du centre de détention, Isabel Brodeur, rappelle que tout fonctionnaire est tenu à la discrétion sur ce dont il a connaissance dans l'exercice de ses fonctions. Elle ajoute que le personnel doit éviter de révéler à des tiers [...] toute information confidentielle, privilégiée ou à caractère anecdotique [...] qui pourrait porter préjudice aux intérêts du Ministère. En cas de contravention [...] des mesures administratives ou disciplinaires pourraient être appliquées pouvant même aller jusqu'au congédiement.

Le leader parlementaire de la Coalition avenir Québec, François Bonnardel déplore le comportement de la direction d'autant plus que Québec vient de déposer un projet de loi pour protéger en partie les sonneurs d'alarme.

«Le ministère dit que les employés n'ont pas le droit de parler de problématiques internes dans les médias. La loi sur les lanceurs d'alerte doit couvrir plus que seulement les employés de la fonction publique. La loi doit couvrir aussi les employés dans le public et ceux aux affaires municipales parce que c'est extrêmement grave de bâillonner des travailleurs qui ont subi toutes sortes de sévices.»

Le professeur en droit du travail de l'Université de Sherbrooke, Finn Makela n'ose pas parler d'intimidation.

«En droit, ce n'est pas clairement un cas d'intimidation, mais c'est clair que le moment de diffusion de cette note de service, dans le contexte, envoie un message assez clair aux salariés. L'employeur ne veut pas qu'ils parlent de la situation des relations de travail.»

La Commission des relations de travail a récemment blâmé Québec pour avoir intimidé ses fonctionnaires, des ingénieurs, qui selon le gouvernement n'avaient pas respecté leur droit de réserve alors qu'ils dénonçaient une problématique dans leur milieu de travail.