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La prison de Guantanamo, l’interminable cauchemar

Il reste à ce jour 91 détenus à Guantanamo qui en a accueilli près de 800 après les attentats du 11 septembre 2001.
Photo Reuters Il reste à ce jour 91 détenus à Guantanamo qui en a accueilli près de 800 après les attentats du 11 septembre 2001.

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WASHINGTON | La vie à l’américaine est si pleine d’extrêmes – d’immenses découvertes médicales et scientifiques ou encore de créations cinématographiques inoubliables, mais aussi de tueries comme on n’en voit nulle part ailleurs dans le monde – qu’on en vient à oublier les petites obsessions banales du quotidien. Chacun a les siennes. Pour Barack Obama, c’est la prison pour terroristes de Guantanamo. Je m’avance à peine : depuis sept années, il se réveille la nuit pour la haïr.

Les prisonniers de Guantanamo ont été ramassés un peu partout à travers le monde au cours des guerres d’Afghanistan et d’Irak qui ont suivi les attentats du 11 septembre 2001. La plupart n’ont fait face, en plus de dix ans, à aucune cour, aucun juge et plusieurs ont été soumis à des interrogatoires, dignes des plus honteuses séances de torture.

Barack Obama a fait campagne en 2008, en jurant qu’il allait fermer cette prison devenue le symbole des excès américains dans la lutte au terrorisme. Et c’est ce qu’il a fait dès son entrée à la Maison-Blanche il y a sept ans et un mois.

Il lui fallait toutefois l’accord du Congrès pour transférer aux États-Unis les 30 à 60 derniers prisonniers, impossibles à retourner chez eux ou à expatrier vers un pays ami.

EN UN MOT : « DOOMED »

C’est un plan pour cet ultime transfert que le président américain a soumis au Congrès hier.

Un plan concocté par le Pentagone, évoquant treize lieux où les terroristes pourraient être transférés et précisant les économies qui seraient réalisées au fil des ans en les emprisonnant «normalement» sur le continent plutôt qu’en les gardant dans cette prison patentée de la base militaire que les États-Unis maintiennent à Cuba. Un bon et noble plan qui n’a aucune chance de se réaliser.

Le leader de la majorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell, va s’assurer que «le plan du président sera considéré». Ça n’ira pas plus loin. Pratiquement tout ce que Barack Obama a mis de l’avant au cours des dernières années s’est cogné à la résistance de ses adversaires républicains qui dominent les deux chambres du Congrès. Ce n’est certainement pas Guantanamo qui changera les choses.

2016, ANNÉE DE PARALYSIES

Tout le monde s’entend qu’en année d’élection présidentielle, le Congrès – encore une fois, dominé par les républicains – ne se mêlera pas de dossiers que le prochain président pourrait gérer plus... favorablement aux intérêts républicains.

Ainsi, Barack Obama ne réussira vraisemblablement pas à nommer un remplaçant au juge Antonin Scalia, récemment décédé, à la Cour suprême du pays. Guantanamo ne connaîtra pas un meilleur sort.

Enfin, face à cette prison maudite, le président doit se sentir bien seul. Interrogés par Gallup, il y a un an et demi, sur le sort à réserver aux prisonniers de Guantanamo, deux Américains sur trois répondaient de «les laisser là-bas».

Pire encore, les candidats républicains qui veulent s’installer à la Maison-Blanche après lui s’engagent non seulement à garder la prison ouverte, mais à l’occuper plus que jamais.

Le président Obama peut prier, avant de se coucher, qu’un ou une démocrate lui succède à la présidence. «Il est temps de fermer ce chapitre de l’histoire américaine», affirmait-il hier.

Il y a toutefois de ces livres qui nous hantent encore et encore, même après avoir tourné la dernière page. Guantanamo sera un de ceux-là.