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Le début d’un temps nouveau?

CANADA-POLITICS/
Photo Reuters Justin Trudeau

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Cette chanson a fait rêver des générations! Qui n’aspire pas à participer à l’émergence d’un temps nouveau, à vivre dans une période effervescente où les misères du passé volent en éclat pour laisser la place à un mode meilleur. Est-ce un semblable changement de paradigme que Justin Trudeau est en train d’appliquer aux finances du pays?

En défendant la parité homme-femme dans son cabinet, le premier ministre a marqué le Canada avec sa réponse devenue célèbre: «Parce que nous sommes en 2015». Une formule qui indique que l’homme veut être de son temps et qu’il n’hésitera pas à trancher avec le passé. Il nous préparait à une approche hors des sentiers battus dans le discours et l’action.

Vraiment nouveau

En matière de finances de l’État, la méthode Trudeau se démarque particulièrement. D’abord dans le discours, il ne semble pas obsédé comme ses prédécesseurs par la moitié plate de la phrase, celle où tout élu rappelle ses limites financières. Là où un autre politicien dirait: «Nous nous attaquerons au problème, dans la mesure de notre capacité de payer», Justin Trudeau laisserait tomber cette deuxième moitié. Ennuyeux. Manque d’idéalisme.

C’est comme si avec la nouvelle politique de monsieur Trudeau, le navire peut enfin profiter du vent et prendre le large parce qu’il n’est plus retenu par l’ancre des finances publiques

Lorsqu’il se présente devant des assemblées dont les participants espèrent des sommes importantes venant du fédéral, Justin Trudeau ne leur fera pas le traditionnel petit sermon sur l’état des finances du pays afin de calmer leurs attentes. Vieille politique, ça. Au contraire, il leur fera une envolée oratoire branchée sur le cœur... qui augmentera leurs espérances.

Vieux discours aux poubelles

Cette prudence financière a été omniprésente depuis plus d’un quart de siècle dans le discours de tous les premiers ministres que j’ai côtoyés et connus. Éliminer le déficit, attention aux dépenses, vivre selon nos moyens, respecter la capacité de payer des contribuables, etc. Philippe Couillard baigne encore là-dedans avec l’austérité.

Peut-être qu’une partie de la population en a marre. Les oreilles usées par ce genre de discours! Justin Trudeau aurait saisi ce sentiment populaire et offre la vraie solution de rechange, un discours nouveau et rafraîchissant...

Pensez aux Autochtones ou aux maires des villes, ils étaient remplis d’espoir en sortant de leurs rencontres respectives avec le premier ministre. Leurs demandes financières avaient enfin trouvé un cœur ouvert. Les Autochtones seront même libérés des mesures de divulgation de leurs dépenses imposées par les conservateurs. Plus d’argent, moins de transparence.

C’est comme si avec la nouvelle politique de monsieur Trudeau, le navire peut enfin profiter du vent et prendre le large parce qu’il n’est plus retenu par l’ancre des finances publiques. Hélas! cette nouvelle politique va entraîner des déficits énormes. Je m’en inquiète.

Le premier ministre promet un retour à l’équilibre budgétaire pour l’année après la prochaine élection. Dois-je comprendre que dans l’approche nouvelle, un gouvernement aura le courage de réduire ses dépenses l’année des élections? J’en doute.

Je me demande si je suis un vieux dépassé qui ne saisit pas le nouveau paradigme Trudeau... ou si je suis un citoyen lucide qui s’inquiète pour l’avenir de son pays.