/news/currentevents
Navigation

Opération Mr. Big: la mère de la victime s’adresse au meurtrier

Jeannine James
Photo Le Journal de Montréal, Chantal Poirier Jeannine James

Coup d'oeil sur cet article

La mère de Joshua Williams, un jeune étudiant du collège Dawson poignardé à mort il y a cinq ans pour une bague de 400 $, s’est ouverte sur les conséquences «dévastatrices» de ce crime devant le meurtrier de son fils, mercredi, au palais de justice de Montréal.

Sous les yeux d’Abiram Subramaniam qui était assis à quelques mètres d’elle dans le box des accusés, Jeannine James a déclaré qu’elle ressent toujours un grand sentiment de «vide», malgré les verdicts de culpabilité rendu par le jury à des accusations de meurtre non-prémédité et de vol, en janvier dernier.

«J’ai assisté à chaque jour du procès, parce que j’espérais y obtenir des explications pour nous aider à comprendre les raisons de cette tragédie. Je suis venue en espérant entendre des remords. Nous n’en avons pas entendus», a-t-elle dit au juge Marc-André Blanchard, durant les représentations sur sentence du fautif de 23 ans.

Perdre son identité

<b>A. Subramaniam</b><br />
Coupable
Photo COURTOISIE, SPVM
A. Subramaniam
Coupable

Arborant fièrement sur son coeur une épinglette avec la photo du disparu, la mère a rappelé qu’au moment où les policiers sont venus lui apprendre le décès de son fils de 18 ans, peu avant minuit, le 22 mars 2011, elle a aussi perdu une partie de son identité.

«Je ne savais plus qui j’étais, a-t-elle déclaré sans broncher sur un ton posé. Quand on perd son mari, on devient veuve. Quand un enfant perd ses parents, il devient orphelin. Mais il n’y a pas de mot pour désigner des parents qui perdent leur enfant. Parce que j’étais avant tout une mère, dans la vie. Et je continue d’être dévastée aujourd’hui, comme les autres membres de notre famille.»

Jeannine James n’a rien demandé au juge, sinon de lui rappeler que le système judiciaire a jusqu’à maintenant «livré la marchandise» dans cette affaire et qu’elle a «pleine confiance» envers le tribunal.

Piégé par de faux bandits

Joshua Williams avait été poignardé à six reprises dans le stationnement du centre commercial Plaza Côte-des-Neiges.

Ce jour-là, en fin d’après-midi, lui, un ami et Subramaniam se sont rendus ensemble sur place pour boire une bière et fumer de la marijuana. Une altercation a ensuite éclaté au sujet d’une bague de 400 $ que Subramaniam a prise à l’ami et Williams a été tué en s’interposant entre les deux.

Le suspect avait pris la fuite, le seul témoin n’a pas collaboré avec le SPVM et l’arme du crime n’a jamais été retrouvée.

Surnommé «Ace», Subramaniam a été piégé à l’été 2012 lorsque des agents doubles de la GRC l’ont ciblé dans une opération de type Mr. Big. Se faisant passer pour des bandits de haut calibre au sein d’une organisation criminelle fictive, les policiers l’ont recruté pour travailler avec eux durant quelques mois.

Le suspect, un ancien portier de bar, est même tombé en amour avec la première agente double qui a pris contact avec lui, dans un gymnase du boulevard Saint-Laurent.

Subramaniam avait une telle confiance en ses nouveaux camarades qu’il se disait «prêt à tuer et à mourir» pour eux. «C’est la meilleure job que j’ai jamais eue», a confié le suspect durant cette enquête, alors qu’il n’avait que 19 ans.

Le patron du gang l’a finalement convoqué à Vancouver pour participer à un coup payant. Il est parvenu à lui soutirer des aveux incriminants sur le meurtre du jeune Williams, en lui laissant croire qu’il avait des contacts dans la police pour faire disparaître les preuves et «régler son problème».

10 ou 13 ans de prison ferme

Abiram Subramaniam a automatiquement écopé d’une peine d’incarcération à perpétuité mais sa date d’admissibilité à une libération conditionnelle reste encore à déterminer.

Les jurés qui l’ont déclaré coupable ont recommandé au juge de permettre à Subramaniam de demander sa libération dans 10 ans, soit le minimum prévu par le code criminel pour un meurtre au second degré.

Le procureur de la Couronne, Me Louis Bouthillier, a toutefois réclamé l’imposition de 13 ans d’incarcération ferme avant que Subramaniam puisse faire pareille demande à la Commission des libérations conditionnelles du Canada.

«Les policiers ont dit de lui qu’il agissait comme un vrai criminel et qu’il n’hésitait pas à utiliser la violence dans les tâches qu’on lui confiait», a rappelé Me Bouthillier, en ajoutant que Subramaniam avait «menti de façon éhontée» au jury lorsqu’il a affirmé qu’il n’était pas présent sur la scène du meurtre.

Son avocate, Me Alexandra Longueville, a plaidé que le juge Blanchard devrait s’en tenir à la recommandation du jury. Elle a aussi précisé que son client entend s’adresser à la Cour d’appel pour contester la validité des verdicts de culpabilité rendus contre lui.

Le juge Blanchard fera connaître sa décision le 11 avril.