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Collège des médecins: Un gynécologue nie en bloc les allégations de gestes sexuels sur trois jeunes patientes

Celui qui a pratiqué 200 000 examens jure ne pas se souvenir des trois patientes qui l’accusent

Dr Kamal Maraghi
Photo d'archives Âgé de 74 ans, le Dr Kamal Maraghi dit n’avoir aucun souvenir des trois patientes qui ont porté plainte contre lui.

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Un gynécologue de 74 ans accusé de gestes sexuels jure n’avoir aucun souvenir des trois jeunes patientes qui ont porté plainte, et assure que sa technique d’examen est conforme aux normes.

Questionné mercredi par son avocat, le gynécologue Kamal Maraghi a juré n’avoir aucun souvenir de ces patientes ni de leur consultation, lui qui compte 200 000 examens gynécologiques à son actif.

Le médecin de l’hôpital St. Mary, à Montréal, avait d’ailleurs plaidé non coupable aux trois accusations du Collège des médecins (CMQ), à l’automne 2015.

En 2012, une patiente a déposé une plainte contre lui pour inconduite sexuelle au cours d’une consultation à la Polyclinique Masson, en 2006. Elle avait 29 ans à l’époque.

« Va-et-vient »

Selon la plainte, le gynécologue aurait fait des «mouvements de va-et-vient avec ses doigts à l’intérieur de son vagin» durant un examen.

Au cours de l’enquête, le syndic a réalisé que des dossiers similaires avaient été ouverts, en 1995 et en 2008.

Chaque fois, le Dr Maraghi avait été rencontré par le Collège des médecins, mais aucune accusation n’avait été déposée. Dans ces deux cas, les patientes avaient 19 et 20 ans.

Voilà plusieurs mois que le dossier du Dr Maraghi est en cours au Conseil de discipline.

L’automne dernier, les patientes ont témoigné. Mercredi, le médecin a expliqué sa technique.

«La palpation dans le vagin se fait un petit peu avec le doigt, mais aussi avec le mouvement d’avancement et de recul. [...] Il y a un certain mouvement qui fait partie de l’examen gynécologique.»

«On n’a pas d’autre choix que d’être en contact avec le clitoris, selon la position de la main», a-t-il ajouté, précisant qu’il favorisait l’examen avec un seul doigt, plutôt que deux.

Pincé le clitoris ?

Questionné sur les trois dossiers de plainte, le Dr Maraghi a nié en bloc les allégations dont il fait l’objet (voir sa version des faits plus bas). Notamment, une patiente lui reprochait­­ de lui avoir caressé le clitoris, ce qu’il jure n’avoir jamais fait.

Lors d’une audience l’été dernier, le gynécologue avait tenté, en vain, de faire annuler les dossiers de 1995 et 2008.

À l’époque, le Dr Maraghi avait plaidé qu’après l’abandon des plaintes, il s’était débarrassé de notes utiles à sa défense.

«Ce sont des notes non médicales qui décrivaient les visites depuis l’entrée de la patiente dans le bureau jusqu’à son départ. Comment elle était habillée, sa réaction à l’examen, [...] toutes ces notes qui m’auraient aidé à vous donner ma version des faits. Ces notes-là, je ne les ai pas, je les ai détruites.»

Depuis décembre 2014, le Dr Maraghi s’est engagé auprès du Collège à ne plus exercer à la Polyclinique Masson. Sans antécédent disciplinaire, le médecin exerce encore à l’hôpital St. Mary.

L’audience se poursuit jeudi.

Les accusations contre le Dr Maraghi et sa version des faits

► Avoir examiné une patiente sans gants.

«Je n’ai jamais examiné de patiente sans porter de gants.»

 Il aurait porté un objet telle une bague au bout de l’index durant l’examen, ce qui faisait mal à la patiente.

«Je n’ai jamais porté de bague à ma main droite.»

► Ne pas avoir permis à une patiente de se couvrir d’un drap.

«Je n’ai jamais examiné une patiente flambant nue devant moi. [...] La seule partie dénudée est la partie examinée.»

► Avoir inséré toute sa main dans le vagin d’une patiente.

«C’est impossible de mettre une main complète.»

► Avoir demandé à une patiente de faire un mouvement avec son bassin.

«C’est normal chez une patiente tendue.»

► Avoir pincé le clitoris.

«Je n’ai jamais pincé une patiente, elle avait peut-être du papier de toilette collé à la peau, mais ce n’est certainement pas pincé dans le sens méchant du terme.»

► Avoir caressé les fesses et le bas du dos.

«C’était un geste d’accompagnement et non pas un geste de caresses.»

► Avoir posé des questions inappropriées.

«Je ne rentrais pas dans sa vie sexuelle, (c’était) en lien avec la possibilité d’une grossesse.»

► Avoir fait des mouvements de va-et-vient dans le vagin avec son doigt.

«C’étaient des mouvements tout à fait indiqués lors d’un examen. Rien de particulier n’a été fait à madame [...] qui n’a pas été fait aux 200 000 autres.»

► Avoir demandé à une patiente: «Êtes-vous clitoridienne ou vaginale?»

«Je n’ai jamais posé cette question à une patiente.»

► Avoir fait un examen avec va-et-vient qui a pu durer 10 minutes.

«Dix minutes, c’est grossièrement exagéré.»

► Avoir entré sa main dans le vagin de la patiente tout en lui demandant si elle était active sexuellement.

«Je présume que je voulais savoir si elle avait plusieurs relations, pour être tombée enceinte.»