/sports/others
Navigation

Une ceinture noire clouée au sol

Marc-André Bergeron vit une saison marquée par une infection à streptocoques

Terrassé par une infection à streptocoques en octobre dernier, Marc-André Bergeron dit avoir bon espoir de se qualifier pour les Jeux olympiques dans deux semaines. «Si je suis à mon meilleur niveau et que je ne passe pas, je dirai alors que c’est le meilleur homme qui a gagné.
Photo Le Journal de Québec, Alain Bergeron Terrassé par une infection à streptocoques en octobre dernier, Marc-André Bergeron dit avoir bon espoir de se qualifier pour les Jeux olympiques dans deux semaines. «Si je suis à mon meilleur niveau et que je ne passe pas, je dirai alors que c’est le meilleur homme qui a gagné.

Coup d'oeil sur cet article

Jambe droite enflée et violacée, foie et rein menacés, 10 kilos perdus et faiblesse extrême; Marc-André Bergeron ne pourra trouver pire adversaire pour bloquer sa route vers les Jeux olympiques que la bactérie virulente qui l’a envoyé pendant 10 jours à l’hôpital.

«Je me souviens d’une journée où j’étais faible et que je marchais tranquillement dans le corridor avec des hommes et des femmes de plus de 60 ans qui étaient aussi faibles que moi. Je me disais en moi-même: est-ce bel et bien moi qui suis ici actuellement, alors qu’au mois de mars, je vais compétitionner pour avoir ma place aux Jeux olympiques?» raconte l’espoir canadien en taekwondo, classé parmi les favoris à la sélection olympique de la zone panaméricaine du 10 mars au Mexique.

Alerte aux streptocoques

L’athlète de 6 pi 6 po se posait cette question un peu irréaliste, en octobre dernier, au service de soins coronariens du CHUL. Après quatre jours aux limites de l’épuisement, après avoir bravé avec un brin d’insouciance des symptômes qu’il croyait liés à une «méchante grippe», Bergeron s’est résigné à se rendre à l’hôpital lorsque sa jambe droite s’est mise soudainement à gonfler.

L’infirmière au triage n’a pas aimé ce qu’elle a vu. Direction les urgences! Une culture bactérienne prélevée sur le gros orteil révélera aux médecins ce qu’ils craignaient: une infection à streptocoques.

Avec des antibiotiques administrés de façon intraveineuse, Bergeron passera 10 jours alité, parfois soumis à la morphine pour enrayer la douleur.

De 92 kilos, son poids chutera à 82. Cet athlète à la ceinture noire, classé deuxième au classement panaméricain des plus de 80 kilos, venait de rencontrer un rival plus vif que lui.

«On m’a dit que si j’avais attendu au lendemain pour venir à l’hôpital, probablement que mon foie aurait été endommagé et que j’aurais perdu un rein. Mon corps avait tellement travaillé pour combattre l’infection», évoque l’athlète de 24 ans, qui a plus tard dû se soumettre à une chirurgie pour retirer une masse de déchets métaboliques logée sur son tibia.

Retrouver son niveau

Évidemment, le médaillé de bronze des Jeux panaméricains a dû faire une croix sur son mois de novembre. Il lui fallait d’abord se refaire une santé avant de reprendre l’entraînement de haut niveau propre à son standard. Deuxième au US Open le 4 février dernier, il connaîtra la réponse finale à son spectaculaire retour lors des sélections olympiques dans deux semaines.

«Je me souviendrai que j’étais dans un lit d’hôpital, quatre mois auparavant, à me demander comment j’allais me rétablir...»

Une maladie qui fait réfléchir

«Quelque chose d’invisible est venu près de terrasser un géant de 6 pi 6 po!»

L’image choisie est celle d’Alain Bernier. L’entraîneur de Marc-André Bergeron se réjouit d’avoir retrouvé son protégé en vue de la sélection olympique, mais il fut le premier à lui rappeler l’importance de demeurer vigilant aux signaux que lance le corps.

Dans une triste loterie, une bactérie maudite a attaqué Bergeron là où tout athlète de haut niveau en taekwondo s’expose.

«J’avais une blessure à un orteil, ce qui est commun dans notre sport. Nos pieds sont toujours sollicités et, à cause de l’air sec et des frottements, la peau vient à fendre. Je n’ai pas soigné cette blessure comme j’aurais dû le faire en la recouvrant avec du ruban gommé. J’ai probablement contracté cette bactérie sur un tapis à l’entraînement ou dans mon soulier. Je me suis fait avoir», avoue l’athlète le plus en vue du Club de taekwondo de Sainte-Foy.

Apprécier le moment

Cet épisode inquiétant qui aurait pu saboter sa carrière a changé l’homme. Oui, la leçon sur l’imprudence est maintenant acquise, mais autre chose dictera dorénavant ses centaines d’heures passées sur les tapis d’entraînement et des grands concours.

«Quand j’ai rembarqué sur le plateau pour la première fois, je me suis répété que je suis donc chanceux. Ce feeling d’embarquer sur le plateau pour faire le sport que j’aime, d’être avec mon entraîneur et avec ma gang et faire de la compétition de haut niveau, je peux perdre tout ça du jour au lendemain. Quand j’ai rembarqué, j’étais reconnaissant d’être là, tout simplement», réfléchit à voix haute l’étudiant en biologie de l’Université Laval, qui a pris un congé d’un an pour se consacrer à sa sélection olympique.

Bergeron dit avoir gardé une cheville encore fragile de ce long combat de l’automne mené contre un microbe. Il a mis plus de deux mois avant de retrouver le niveau de forme requis pour le tournoi de sélection, à Aguascalientes, au Mexique, qui récompensera les deux finalistes d’un visa pour les Jeux de Rio.

«Dans les circonstances, si je vais aux Jeux olympiques, ce sera encore plus magique...»