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De dur à cuire de la LNH à hors-la-loi

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Il était promis à un brillant avenir au sein de la Ligue nationale de hockey, où il a réalisé le rêve que caressent beaucoup de jeunes Québécois. Patrick Côté vit aujourd’hui comme un hors-la-loi qui semble préférer la vie derrière les barreaux à la liberté. À peine sorti de prison pour des crimes passés, il a été arrêté dimanche, soupçonné d’avoir volé une banque. Le grand talent de bagarreur qui l’a mené au sommet sur la glace lui a aussi servi en détention, où il s’est adonné au trafic de tabac et au contrôle de portions de nourriture.

«Il est malade. C’est peut-être les coups à la tête [reçus dans sa carrière]. Ça et la drogue», estime Gilles Côté, père de Patrick Côté, qui s’est brièvement entretenu jeudi avec Le Journal avant de raccrocher.

Le 12 février dernier, un vol est commis dans une succursale de la Banque Scotia à Brossard. La police fait circuler la photo du suspect. Patrick Côté se rend de lui-même à la police deux jours plus tard et fait maintenant face à des accusations de vol qualifié.

« [Au hockey], tu es tellement valorisé par tout le monde. Quand tu n’as plus ça, tu n’as plus rien [...] On ne retrouve jamais ce qu’on a vécu sur la glace. » – Patrick Deraspe, ancien coéquipier

Or, l’homme de 41 ans venait tout juste de sortir de prison, le 7 février. Moins de deux semaines se sont donc écoulées entre sa libération et sa nouvelle arrestation, le 20 février.

De retour en prison en attendant son procès, il est maintenant accusé de vol qualifié.

«Il y en a beaucoup, d’anciens joueurs de hockey qui se suicident [après leur vie d’athlète professionnel]. Je me demande si ce n’est pas sa manière à lui de se suicider», s’interroge Patrick Deraspe à propos de la tragique dérive qu’a prise la vie de son ancien coéquipier. «J’en connais d’autres qui ont mal viré, mais Patrick est un cas extrême.»

Gars d’équipe

Patrick Côté, né à LaSalle en 1975, aurait eu une enfance difficile, «marquée par la violence physique et psychologique du père», révèle un document de la Commission des libérations conditionnelles du Canada.

Il n’éprouve toutefois pas de difficulté particulière à l’école et termine son secondaire.

Déjà abonné à la consommation d’alcool et de cannabis, Côté n’est pas blanc comme neige lorsqu’il entre dans la Ligue de hockey junior majeur, en 1993. «On se doutait qu’il sortait d’une maison de réforme», relate Patrick Deraspe, qui a porté le chandail des Harfangs de Beauport en même temps que Côté.

À 16 ans, il a un gabarit imposant, se souvient M. Deraspe. «C’était un gars merveilleux. Un gars d’équipe.»

Reste que Côté assume pleinement son rôle de fier-à-bras sur la glace. «Il se battait quasiment à tous les matchs», répondant à la volonté informelle de l’entraîneur, se rappelle-t-il.

Son succès sur la patinoire ne le dissuade toutefois pas de continuer de flirter avec la délinquance. À l’âge de 18 ans, il est condamné à cinq mois de prison pour introduction par effraction et méfaits. À 20 ans, il reçoit une amende pour voies de fait.

Côté fait son entrée dans la Ligue nationale de hockey (LNH) en 1995, sous les couleurs des Stars de Dallas. Repêché en deuxième ronde, une carrière prometteuse se dessine alors devant lui.

Sur une photo prise en 1996, il apparaît rayonnant de joie, montrant ses biceps saillants sous un t-shirt des Stars.

Pendant ses trois saisons avec cette équipe, l’ailier ne joue que huit matchs. Sa véritable opportunité de briller vient plutôt en 1998, lorsque les Prédateurs de Nashville le recrutent. Il dispute 91 parties sur deux saisons avec eux, cumulant 312 minutes de pénalités... et un seul but.

Côté est alors à l’apogée de sa carrière. En parallèle, ses problèmes de consommation d’alcool commencent à inquiéter sa famille, qui soupçonne que la gloire et l’argent lui montent à la tête, selon La Presse.

«Du jour au lendemain, tu as plusieurs centaines de milliers de dollars dans ton compte en banque», illustre Patrick Deraspe. Selon lui, Côté aurait également consommé des stéroïdes. «En quelque sorte, ça a fait de lui une victime», suppose-t-il.

La saison suivante, Côté se blesse à la main. Le nombre de ses matchs disputés chute alors à 21. Il est donc échangé en 2000 aux Oilers d’Edmonton, une équipe avec beaucoup de profondeur, au sein de laquelle il ne parvient pas à s’illustrer. D’autant plus qu’il manque des parties pour intégrer volontairement le Programme d’abus de substances de la LNH en 2001.

Délaissé par les Oilers après la fin de la saison, il se tourne vers les Chiefs de Laval, dans la Ligue nord-américaine de hockey. Les portes de la grande ligue lui sont fermées pour de bon.

L’appel de la drogue prend le dessus. La dégringolade commence.

Toxicomanie

Le 17 mai 2002, il est arrêté pour avoir dépassé les limites de vitesse à Malone, dans l’État de New York. Les policiers trouvent 30 livres de marijuana dans le coffre de sa voiture.

Comme il est condamné à purger six mois à la prison du comté de Franklin, l’une de ses conditions de probation est de ne pas remettre les pieds aux États-Unis, ce qui enfonce un dernier clou dans le cercueil de sa carrière américaine.

Les incidents se succèdent ensuite et la liste de ses condamnations s’allonge: voies de fait avec lésion en 2004 et 2006, non-respect des conditions en 2007.

Après avoir joué pour les Chiefs de Saint-Jean et le Mission de Sorel-Tracy, il accroche ses patins en 2008.

Cette année-là, il est arrêté par la police pour être entré de force dans une résidence et avoir tabassé un homme, alors que 57 sachets de cocaïne et 26 roches de crack se trouvent dans sa voiture. Il livre alors un témoignage confus aux policiers, affirmant que la drogue appartenait à la victime.

Côté maintient cette version en cour, tout en plaidant coupable à tous les chefs d’accusation. Devant cette incohérence, la juge lui conseille de consulter un avocat. «Je veux pas rencontrer d’avocat», lâche-t-il.

Il critique également le portrait que la Couronne brosse de lui, soit celui d’un dangereux récidiviste aux «traits antisociaux».

«Je trouve que ça ne me reflète pas énormément. Ils n’ont pas parlé de mon ex-blonde avec qui j’ai été pendant huit ans et qui avait des bonnes affaires à dire sur moi. Ça parle juste des mauvaises affaires», soulève-t-il.

Il est condamné à huit mois de prison et trois ans de probation.

En mai 2014, Côté se met aux vols de banque. En deux jours, il dérobe deux banques de la Rive-Sud et s’enfuit avec plus de 2000 $.

Au volant d’un véhicule volé en Ontario, il tombe en panne à Candiac, où la police l’intercepte. Il avoue aux enquêteurs être l’auteur des braquages commis quelques jours plus tôt.

Goon en prison

Condamné à deux ans et demi de prison en juin 2014, il ne témoigne pas de grande motivation à changer. «Vous dites même que vous consommerez de nouveau dès votre libération puisque vous aimez cela», indique la Commission des libérations conditionnelles.

«Vous demandez à demeurer en milieu carcéral», note la Commission, qui observe que son potentiel de réinsertion sociale est faible, tout comme sa capacité d’empathie. «Vous ne verbalisez aucun remords face à vos victimes.»

«Vos comportements violents se sont maintenus même à l’intérieur des murs, ce qui vous a valu un transfert vers un pénitencier à sécurité maximale.»

La Commission cite d’ailleurs un rapport disciplinaire liant Côté à de l’intimidation, au trafic de tabac et de timbres de nicotine. Il est aussi lié à un contrôle des portions de nourriture, une forme de trafic qui s’explique notamment par le fait que les détenus sont souvent déçus des portions offertes en prison et peuvent chercher à échanger de la nourriture pour de l’argent, explique Éric Bélisle, de l’organisme Alter Justice.

La crainte d’être libéré est un phénomène qui peut être observé chez certains détenus, en particulier ceux qui purgent de longues peines.

De son côté, Patrick Deraspe n’a pas de difficulté à imaginer que la vie en prison puisse être plus remplie que le vide laissé par la fin d’une carrière de hockeyeur professionnel. «Tu ne connais rien d’autre [que le hockey], tu n’as pas de scolarité. Tu fais quoi?» illustre-t-il.

«[Au hockey], tu es tellement valorisé par tout le monde. Quand tu n’as plus ça, tu n’as plus rien [...] On ne retrouve jamais ce qu’on a vécu sur la glace», explique celui qui est aujourd’hui propriétaire du club de hockey des Îles-de-la-Madeleine et mise sur l’importance de la scolarité des jeunes joueurs.

– Avec la collaboration de Michaël Nguyen et Sarah Bélisle


♦ Ni l’avocat de Patrick Côté ni sa famille n’ont voulu accorder d’entrevue en bonne et due forme au Journal.