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Les invasions barbares

NIGERIA-UNREST-ATTACK
Photo FP Des islamistes nigérians de Boko Haram

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Je suis resté fidèle au crédo résolument optimiste auquel j’adhère depuis mes années d’étudiant, il y a près de 50 ans: les choses iront de mieux en mieux sur la Terre parce qu’il y a de plus en plus de gens éclairés au kilomètre carré. Mais maintenant, je commence à douter...

L’histoire récente démontre que, malgré les guerres, les famines, les catastrophes et le terrorisme, j’avais raison d’être optimiste.

Partout sur la planète, le niveau de vie s’est considérablement amélioré depuis 50 ans. Les grandes famines sont moins fréquentes, les guerres, moins nombreuses. Moins de gens vivent sous le seuil de l’extrême pauvreté. La terreur nucléaire de la guerre froide s’est émoussée. Des épidémies meurtrières comme Ebola sont contenues et chacun a accès à des outils lui livrant toutes les connaissances de l’humanité.

Ce n’est pas peu, mais il y a plus que les progrès techniques et matériels.

Il y a 50 ans, revendiquer les droits de la personne ou des minorités était perçu comme subversif. L’écologie était une affaire de barbus; l’urbanisme, une affaire de fifis; les séparatistes étaient de dangereux fumeux de pot. Il n’était pas question des victimes d’inceste, d’agressions sexuelles ou d’intimidation à cette époque-là et les «gays» étaient dans le placard. Les petites nations, les minorités culturelles évoluaient en terrain hostile: la tyrannie de la majorité, la loi du plus fort étaient la règle.

Les valeurs occidentales

Ce dernier demi-siècle, les individus, les nations ont admis que certains enjeux – la préservation de la paix, de l’environnement – réclament la mise en veilleuse de leurs intérêts immédiats. D’où ces «valeurs occidentales» d’égalité des droits des individus et de fédération des nations, piliers de la culture moderne.

Mais partout, la présence policière et le bruit des bottes indiquent que ces valeurs s’étiolent. La France prolonge l’état d’urgence qui suspend des droits individuels. Sous la pression des réfugiés des guerres de religion d’Orient, les pays d’Europe referment leurs frontières comme avant la Guerre et des groupes d’extrême droite multiplient les coups dans des pays dits tolérants comme l’Allemagne ou la Scandinavie. Les États-Unis et la Russie se toisent, un doigt sur la gâchette. Aux États-Unis, Donald Trump, un candidat qui valorise la haine, l’ignorance et le ressentiment aveugle, a des chances d’être élu à la tête de la plus puissante armée du monde. Ici même, le mouvement nationaliste, naguère militant et conquérant, semble de plus en plus revanchard et défensif...

L’effet de la terreur

C’est l’effet de la terreur, évidemment.

L’islamisme, ce cancer parasite de la foi musulmane, est en train de miner les valeurs les plus cool de l’Occident en démontrant que la solidarité et la tolérance sont solubles dans les explosifs et les rafales de mitraillettes en milieu urbain.

L’Occident n’a pas encore trouvé de parade efficace à l’obscurantisme violent des islamistes – si une telle parade existe.

Entre-temps, le repli défensif qu’on opère un peu partout n’augure rien de bon: nous le savons, nous sommes déjà passés par là.