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Les murs de silence

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Un homme a admis avoir fait cinq enfants à la fille de sa conjointe. Les attouchements et les agressions ont commencé quand elle avait 14 ans. Premier bébé à 17 ans. Puis, en 15 ans, il y en a eu quatre autres, que le père a maltraités. Ils ont été retirés un à un de la famille et l’un d’eux a révélé le pot aux roses. La preuve mentionne que la mère de la victime a participé à des «trips à trois».

Cette affaire troublante suscite beaucoup de questions légitimes qui heurtent un mur de silence érigé par les organismes concernés.

Des questions

  • À la Direction des poursuites criminelles et pénales: pourquoi la mère n’est-elle pas accusée de complicité et/ou d’inceste? Elle a couché avec sa fille et minouchait encore l’agresseur dans le corridor du palais de justice cette semaine! Pas de réponse: comme si cette décision tenait du secret d’État!
  • À la DPJ: comment a-t-elle pu intervenir en 20 ans auprès de cinq enfants d’une famille sans se rendre compte de rien? Deux citoyens disent avoir dénon­cé le cas il y a 20 ans et 10 ans. La DPJ se réfugie dans la confidentialité pour ne rien expliquer. Elle promet ensuite une révision interne du dossier, tout en jurant avoir respecté les protocoles. Qu’en sait-elle? Puis la révision n’est pas faite. La ministre confirme l’enquête interne, mais quelle crédibilité aura cette autovérification?

Autre horreur

  • Une autre histoire ténébreuse me turlupine encore: il y a 20 ans, une femme s’était amourachée d’un pédophile déjà condamné. Les services sociaux ont autorisé l’homme à adopter légalement les deux enfants de sa conjointe. Il les a agressés pendant que madame allait jouer au Bingo. L’avocat du gars n’en revenait pas que la femme n’ait pas été accusée de complicité ou de négligence. Jamais la Couronne ne s’est expliquée.

Sous prétexte de confidentialité, les services sociaux ont aussi refusé de dire comment on a pu livrer ces enfants en pâture à un pédophile avéré. Pourtant ceux qui adoptent passent par une vérification des antécédents criminels, une évaluation psychosociale...

Le BEI ?

Quelquefois ces murs de silence s’ébrèchent pour une enquête indépendante. Mais ça prend un mort: suicides dans un centre jeunesse, refus de la Couronne de poursuivre un policier dont l’excès de vitesse a tué un enfant...

La loi vise à éviter d’identifier publiquement des victimes mineures. Pour cette raison, on ne nomme pas les répugnants beaux-pères. Même si la DPJ et la Couronne répondent aux questions, ou promettent des éclaircissements quand le volet judiciaire sera clos, les victimes resteront protégées.

La confidentialité est invoquée abusivement et commodément par des organismes qui évitent ainsi le regard et le jugement publics. Le Bureau d’enquête indépendante palliera bientôt le problème des policiers qui investiguent sur eux-mêmes; ne devrait-on pas pouvoir le saisir aussi de ces cas qui sentent le gâchis?