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Elle meurt une semaine après avoir été pressée de quitter l’hôpital

Lise Tomlet vivait avec sa sœur avant d’être hospitalisée à Valleyfield. Trop malade, elle avait besoin d’une assistance plusieurs fois par jour pour effectuer ses tâches quotidiennes. Pour son fils, Martin Pilon, il est clair que l’hôpital a mal évalué son état en lui donnant congé.
Photo Héloïse Archambault Lise Tomlet vivait avec sa sœur avant d’être hospitalisée à Valleyfield. Trop malade, elle avait besoin d’une assistance plusieurs fois par jour pour effectuer ses tâches quotidiennes. Pour son fils, Martin Pilon, il est clair que l’hôpital a mal évalué son état en lui donnant congé.

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Une dame de 68 ans en phase terminale d’un cancer du poumon, menacée par l’Hôpital du Suroît à Valleyfield de devoir payer sa chambre si elle ne partait pas rapidement, est décédée une semaine après avoir déménagé.

«Les médecins mettaient de la pression, ils disaient qu’elle devrait payer 800 $ par jour pour rester à l’hôpital, se rappelle Martin Pilon, dont la mère est décédée. Elle était super nerveuse.»

«Tout le stress du déménagement et de l’ambulance, elle n’aurait pas dû vivre ça», ajoute-t-il.

Cancer et métastases

Âgée de 68 ans, Lise Tomlet est décédée des suites d’un cancer du poumon avec métastases aux ganglions et au cerveau, le 15 décembre dernier.

Pour son fils endeuillé, le système de placement des personnes âgées laisse croire que sa mère a été considérée comme un «numéro» et qu’elle devait libérer un lit.

Hospitalisée à l’Hôpital du Suroît le 8 novembre dernier, la femme avait été évaluée «semi-autonome» et donc refusée en centre d’hébergement de soins de longue durée.

Selon la famille, les médecins estimaient son espérance de vie entre six et neuf mois. Pour cette raison, elle ne pouvait pas être traitée en soins palliatifs (maximum trois mois d’espérance de vie).

Opérée à la hanche à l’été 2015, elle avait pourtant de la difficulté à se déplacer et le cancer l’hypothéquait de plus en plus.

«Elle était lourde, elle ne pouvait pas se laver seule et elle prenait beaucoup de médicaments, raconte M. Pilon. Ce n’était pas possible de la prendre chez nous.»

800 $ par jour

Au début décembre, M. Pilon souligne que sa mère et ses proches ont subi des pressions du personnel, qui menaçait de faire payer la dame pour rester à l’hôpital.

«On cherchait une résidence depuis le début, on n’a pas niaisé, jure M. Pilon. Mais il faut les visiter. On ne voulait pas l’envoyer n’importe où! Avoir su qu’il lui restait si peu de temps, on l’aurait prise avec nous.»

Selon la réponse de l’hôpital à la suite d’une plainte de M. Pilon, la question du paiement de la chambre visait à éviter «un stress financier».

Par ailleurs, M. Pilon déplore que l’hôpital n’ait jamais réévalué l’état de sa mère au fil des semaines, qui se dégradait.

«Je sentais qu’elle dépérissait, elle était confuse par moments», dit-il.

Le 8 décembre dernier, jour de son départ en résidence, Martin Pilon a même demandé au médecin d’administrer de la morphine à sa mère pour pouvoir la déplacer.

Droguée à la morphine

«Ce n’est pas normal de devoir droguer une patiente pour qu’elle sorte de l’hôpital, déplore-t-il. Mais on nous disait: sortez et c’est tout. Ma mère ne voulait pas s’en aller, elle pleurait.»

Quatre jours après son transfert, l’état de Mme Tomlet s’était tellement dégradé qu’elle a été transportée d’urgence à l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont. Elle est décédée deux jours plus tard.

«C’est sûr que le traumatisme de quitter l’hôpital n’a pas aidé!» rage son fils, qui a déposé une plainte contre l’Hôpital du Suroît à Valleyfield.

«J’espère que notre histoire pourra épargner une autre famille», ajoute-t-il.

 

Pas une «menace», un renseignement

Le médecin qui a abordé la question des frais de séjour voulait éviter un «stress financier» à la patiente au «budget limité», se défend l’Hôpital du Suroît à Valleyfield.

Dans la lettre de réponse à la plainte de M. Pilon, on peut lire que la Dre [...] «vous a expliqué le problème financier que représente un patient qui n’a plus sa place dans les soins aigus, elle est désolée que vous ayez pris ces renseignements comme une menace, alors qu’elle voulait plutôt vous renseigner».

En fait, la médecin a indiqué que son «intervention sur les frais visait à éviter un stress financier supplémentaire à la patiente avec un budget limité.»

Pas de blâme

Par ailleurs, le médecin examinateur a écrit qu’il ne pouvait blâmer les médecins pour l’erreur de pronostic sur l’espérance de vie de Mme Tomlet.

«Je pense que tous furent surpris par ce décès si rapide et ces erreurs d’évaluation peuvent arriver dans les deux sens (évaluation trop courte ou trop longue)», signe le Dr Jean-Pierre Jacquemin.

«Il est certain que votre mère aurait été transférée aux soins palliatifs si les médecins avaient pu juger que sa survie ne serait que de quelques jours ou même quelques semaines», ajoute-t-il.

Renvoi à la maison

Par ailleurs, l’Hôpital du Suroît a dit au Journal favoriser le renvoi à la maison des personnes âgées parce que l’évaluation de leur autonomie est plus adéquate qu’en centre hospitalier.

«On informe les gens quand ils arrivent à l’hôpital qu’à la fin de l’épisode de soins, ils devront rentrer chez eux pour que l’évaluation soit faite dans un milieu de vie plus naturel», souligne Chantal Arsenault, directrice du programme de soutien à l’autonomie des personnes âgées à l’Hôpital du Suroît.

Quant au paiement quotidien de la chambre, l’hôpital souligne qu’il s’agit plutôt de 800 $ par mois.