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La ministre de l'égalité hommes-femmes

Lise Thériault
Photo Journal de Montréal, Chantal Poirier Lise Thériault

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Alors comme ça, Lise Thériault se fait tomber sur la tomate pour avoir déclaré : « Je suis beaucoup plus égalitaire que féministe ».

Pour une ministre de la Condition féminine, il paraît que c’est inacceptable.

Si elle avait déclaré qu’elle était contre l’égalité hommes-femmes, j’aurais été scandalisée. Si elle avait déclaré que les femmes n’avaient pas droit à un salaire égal pour un travail égal, j’aurais été scandalisée.

Mais qu’elle soit mal à l’aise avec l’étiquette « féministe », ça lui appartient.

Qui est la figure féministe la plus connue au Québec ? Lise Payette. Peut-être que Madame Thériault ne veut pas se faire étiqueter « féministe » parce qu’elle n’aime pas le type de féminisme amer, hargneux et divisif de Lise Payette. Sa haine des hommes est plus apparente que jamais.

Qui est une des figures du jeune féminisme ? Aurélie Lanctôt. Que déclarait-elle dans La Presse le 6 décembre 2014 au sujet du 25e anniversaire de Polytechnique ? Que le seul rôle des hommes dans le mouvement féministe était: «de se taire et de faire ce qu’on leur dit».

Peut-être que la ministre ne se sent pas interpelée par les approches de ces deux féministes.

Récemment, on a lu des chroniqueuses et des journalistes féministes qui fustigeaient l’avocate de Jian Ghomeshi parce qu’elle avait osé contre-interroger les trois plaignantes avec force. Pour ces féministes, il aurait fallu qu’on croie les plaignantes sur parole, juste parce que ce sont des femmes.

Peut-être que Mme Théraiault ne se reconnaît pas dans ce genre de féminisme du « deux poids deux mesures ».

Quand on lui demande de nommer des figures inspirantes du féminisme tirées du passé, elle n’en trouve pas. Elle n’est pas obligée d’être « inspirée » par des figures du passé. Elle ne leur crache pas dessus, elle ne renie pas leur héritage.

Elle se dit plus proche du mouvement HeForShe de l’ONU, personnifié par la comédienne Emma Watson. Que dit Watson ? Que le féminisme n’est pas la haine des hommes. Que le mouvement pour l’égalité ne peut se faire qu’en unissant les hommes et les femmes. Son discours, brillant, incluait aussi ce passage crucial :

« J’ai vu des jeunes hommes qui souffraient de troubles psychiatriques, mais qui ne demandaient pas d’aide, par crainte d’avoir l’air moins « viril ». Au Royaume-Uni, le suicide est la principale cause de mortalité chez les hommes de 20 à 49 ans, devant les accidents de la route, le cancer et les maladies cardiovasculaires. J’ai vu des hommes fragilisés et peu sûrs d’eux essayer de se conformer à ce qu’ils pensaient être le succès au masculin. Les hommes souffrent également de l’inégalité des sexes.

Nous parlons peu des hommes qui sont prisonniers de stéréotypes liés au genre, mais je sais qu’il y en a, et que le jour où ils parviendront à s’en libérer, la situation des femmes s’en verra spontanément améliorée. 

Si les hommes n’ont plus besoin d’être agressifs pour se faire accepter, les femmes ne se sentiront plus obligées d’être soumises. Si les hommes n’ont plus besoin de dominer, les femmes n’auront alors pas à être dominées.

Les hommes, au même titre que les femmes, ont le droit d’être sensibles. Les hommes, tout comme les femmes, devraient se sentir libres d’être forts... Il est grand temps que nous appréhendions l’égalité comme un spectre, au lieu d’y voir deux idéaux distincts et opposés. »

Si le « féminisme » de notre ministre de la Condition féminine ressemble plus à celui de Watson qu’à celui de Payette/Lanctôt, elle a parfaitement le droit.

Lise Thériault nous dit qu’elle est de l’école « Tu veux prendre ta place? Faire ton chemin? Let's go, vas-y! »

Et ce serait scandaleux de dire ça aux femmes ? On préfère qu’elle les traite en petites victimes vulnérables ?

Vous vous souvenez le mouvement #agressionnondenoncee ? Il n’y avait pas que des femmes qui avaient été agressées sexuellement. Les victimes de Claude Jutra ne sont pas des femmes, ce sont des hommes. Alors si comme société on veut combattre les agressions sexuelles, on devrait le faire autant pour les hommes que pour les femmes victimes.

Selon les CALACS, « 1 homme sur 6 sera victime d’une agression sexuelle au cours de sa vie. » 

Personnellement, je ne comprends même pas qu’on ait un ministère de la Condition féminine.  Pourquoi pas un ministère de l’Égalité ?

De la même façon, pourquoi a-t-on encore un Conseil du statut de la femme ? Pourquoi pas un Conseil de l’égalité ? Pourquoi pas, comme en France, un Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes ?