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Les femmes porteuses

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Les mots ne sont pas innocents. C’est pourquoi je répugne à utiliser le mot «mère» pour désigner les femmes qui vendent leur utérus pour porter l’enfant d’un autre, homme ou femme, qui revendique comme un droit inaliénable d’avoir un enfant.

Le mot «mère» possède une connotation affective si profonde, si puissante et si constitutive de la vie d’un être humain qu’il me semble inapproprié pour désigner cette réalité sociale de nos sociétés de consommation qui permet de s’acheter, à gros prix, le corps d’une femme utilisé comme un entrepôt au bail de neuf mois.

Nombre de gens se réjouissent de cette avancée de la science, mais s’appliquent cependant à y trouver des vertus afin de faire taire leur conscience.

L’on met en lumière la générosité des femmes qui acceptent gratuitement d’offrir leur ventre. Par amitié, par compassion, précise-t-on. Que des femmes peu nombreuses consentent sans rémunération à vivre une grossesse pour autrui relève d’un étrange état d’esprit ou d’une inconscience sidérale des bouleversements intérieurs vécus par la femme enceinte. Les femmes qui ont accouché savent instinctivement que leur vie demeure marquée par cette expérience à la limite incommunicable.

Exploitation des pauvres

Plusieurs couples hétérosexuels ou homosexuels qui recourent aux femmes porteuses se rendent dans des pays pauvres, tels que l’Inde, où ce commerce fut particulièrement florissant. Mais l’Inde interdit désormais l’accès de ces «cliniques» aux ressortissants étrangers. Le Népal et l’Iran ont pris le relais.

Comment nier cette exploitation éhontée? Ces mêmes gens qui dénonceraient les injustices planétaires acceptent sans broncher la fabrication d’un être humain dans ces manufactures où des esclaves se font engrosser parfois jusqu’à 10 fois en 10 ans, vivant un véritable enfer sur terre.

Et le racisme ne s’applique-t-il pas lorsque des Blancs, clients de ces couvoirs à bébés, n’ont aucune réticence à faire engrosser des Indiennes avec des ovules de Blanches, achetées dans bien des cas?

L’hypocrisie canadienne

Comment des féministes peuvent-elles en arriver à justifier une exploitation de la sorte s’appuyant sur la liberté des femmes à disposer de leur corps? Même le Conseil du statut de la femme, historiquement opposé aux mères porteuses, a changé sa vision. Au nom de la «réalité», comme si la réalité seule imposait son éthique.

Nombre de pays interdisent la maternité pour autrui. Mais aux États-Unis, plus de 1400 enfants par an naissent de femmes porteuses. Cette industrie, car c’en est une, rapporte des milliards de dollars.

Et voilà que le Canada, qui interdit cette pratique, va tolérer ce tourisme dernier cri. «Le gouvernement du Cana­da n’intervient pas dans les décisions des Canadiens quant à la manière dont ils souhaitent fonder une famille», a déclaré au Devoir la semaine dernière un porte-parole du ministère de la Justice.

Le gouvernement Trudeau sacralise le droit individuel, c’est connu. Au nom de quel principe le droit à l’enfant serait-il fondamental? L’enfant n’est pas un bien de consommation ou un symbole du statut social. La fabrication d’un être humain par la location du corps de la femme est une intolérable démonstration des dérapages de la science sans la morale.