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Être féministe ou ne pas l’être, est-ce vraiment la question?

Lise Thériault
Photo Journal de Montréal, Chantal Poirier Lise Thériault

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D’abord, on se pince, en se demandant si on fait un mauvais rêve: est-ce que la société québécoise s’est vraiment lancée dans une querelle pour savoir qui est féministe et qui ne l’est pas?

Est-ce vraiment la question qui doit soulever les passions?

Les médias, trop souvent, déforment la réalité. Ils nous entraînent dans un fantasme auquel nous devons faire semblant de croire, sous peine d’être exclus du débat public.

Reprenons les faits. Lise Thériault a dit qu’elle n’était pas féministe. Elle croit à l’égalité entre les hommes et les femmes, mais elle semble dire que le féminisme veut dire un peu plus que ça. Et ce quelque chose de plus, elle n’en veut pas.

Insultes

Elle s’est fait copieusement insulter par plusieurs féministes. Hier matin, elle capitulait, en disant qu’elle était finalement féministe à sa manière. A-t-elle d’un coup changé d’idée?

Ou a-t-elle voulu calmer la tempête et qu’on lui fiche la paix?

Pourtant, la réponse de Lise Thériault aurait mérité qu’on s’y attarde. Pourquoi refusait-elle de se dire féministe?

Est-ce parce que le sens de cette étiquette va plus loin que la définition faussement simple qui nous vient du dictionnaire?

Définitions ?

Le fait est qu’il y a plusieurs féminismes, aujourd’hui, et qu’ils sont souvent contradictoires.

Entre le féminisme laïciste, héritier de la Révolution tranquille, qui s’est mobilisé dans le débat sur la charte des valeurs contre les signes religieux ostentatoires, et le féminisme nouveau genre, surtout occupé à déconstruire la notion même d’identité sexuelle tout en chantant le droit au niqab et la beauté du burkini, il n’y a pratiquement rien en commun.

Entre le féminisme qui veut faciliter le retour au travail des jeunes mères et celui qui en appelle à la fin du capitalisme, la différence est abyssale aussi.

Pensons aussi à la Fédération des femmes du Québec, qui porte si mal son nom, parce qu’elle est loin de représenter les femmes, justement. Si Lise Thériault s’est imaginé que la FFQ était la représentante qualifiée du féminisme québécois, on la comprend d’avoir pris les jambes à son cou.

Pensons aussi à certaines représentantes du féminisme universitaire qui nous expliquent que la société est un gigantesque complot patriarcal visant la subordination des femmes.

Pensons à ceux pour qui l’égalité devrait automatiquement prendre le visage de quotas.

Qu’on se comprenne bien: il y a encore aujourd’hui des enjeux spécifiques aux femmes. Pensons à la conciliation travail-famille. À l’hypersexualisation des jeunes filles. À la propagande proanorexie de l’industrie de la mode.

Ces sujets méritent toute notre attention.

Que ceux et celles qui s’y vouent principalement se nomment féministes s’ils le veulent. C’est très bien.

Mais inversement, la définition du féminisme n’est pas si claire qu’elle devrait s’imposer comme une étiquette obligatoire pour qui se mêle de la vie publique. Être féministe ou ne pas l’être, ce devrait être une question d’opinion, pas de religion.